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Les dernières créations

Les créations de la compagnie Adesso e sempre

+ Dans la foule

D’après le roman de Laurent Mauvignier

Adaptation et mise en scène Julien Bouffier
Création 2020

Ils sont supporters de la Juve, de Saint Etienne, du Standard, de Liverpool. Jeff et Tonino poursuivent en France de vagues études. Geoff, en Angleterre, étouffe dans sa ville dévastée par la crise et la violence sociale du thatchérisme, tandis que ses deux frères aînés se sont arrangés avec leur misère morale. Tana et Francesco, en Italie, viennent de se marier. Gabriel et Virginie, dans la capitale belge, mènent une existence apparemment aisée.
Ils viennent de toute l’Europe pour être au rendez-vous du match du siècle. : la finale de la coupe d'Europe des champions qui va se jouer au stade du Heysel, ce 29 mai 1985 à Bruxelles, entre la Juventus de Turin et Liverpool.
Leurs voix tour à tour s’élèvent, monologues intérieurs qui se croisent, s’éclairent et se complètent à la façon des différentes parties d’un chœur. Ils évoquent les heures qui précèdent, quand chacun, encore inscrit dans son histoire singulière, son roman familial, converge vers le lieu du sacrifice. Puis racontent la lente montée de la déflagration à l’intérieur du stade et ses échos au dehors. Enfin restituent l’état de la longue dévastation, de chaos mental, qui s’ensuivra pour tous.
Leurs mots, mais aussi leurs silences, leur respiration diront comment la joie et l’insouciance teintée d’enfance se métamorphosent soudain en barbarie pure, comment l’effet d’entraînement transforme l’individu ordinaire en brute incontrôlable. Ils diront aussi comment, face à la violence, naissent la peur et l’instinct de survie. Ils diront encore l’égarement des rescapés, le deuil inconcevable, la solidarité spontanée et irréfléchie et, du côté des bourreaux, la honte effarée ou le sentiment d’impunité.

Mauvignier n’est pas spécialiste de football, ni sociologue. Il ne défend aucune thèse, nomme à peine les footballeurs, ne raconte rien du déroulement de la partie. Le roman est découpé en trois temps : avant, pendant ces heures qui précèdent le match et le suivent, et quelques années après. La langue de Mauvignier est unique et puissante. Faite de ressassement, de mots qui reviennent, de subordonnées qui scandent, c’est une langue lyrique qui brasse les émotions. Sa musicalité est de celle des oratorios.

 

Avec
Vanessa Liautey (Tana), Gregory Nardella (Tonino), Lyes Salem (Jeff), un acteur belge
A l’image : Zachary Fall (Geoff), deux comédiens (Gabriel, Virginie) - en cours

Adaptation et mise en scène Julien Bouffier
Scénographie et régie plateau Emmanuelle Debeusscher et Julien Bouffier
Création vidéo Laurent Rojol et Julien Bouffier
Création musicale Jean-Christophe Sirven
Univers sonore Eric Guennou
Création lumière en cours

Production Compagnie Adesso e sempre
Coproductions et soutiens (en cours) Le Printemps des comédiens à Montpellier, Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, scène nationale, Théâtre Jean Vilar à Vitry-sur-Seine
Adesso e sempre est subventionnée par le Ministère de la Culture / DRAC Occitanie, la Région Occitanie, la Ville de Montpellier.

Création 2019-2020
• Création les 8 et 9 novembre 2020 au Théâtre Jean Vilar, Vitry sur Seine (94)
• 02-03 février 2021, Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines, scène nationale (78)
• Juin 2021 : 2 représentions aux Printemps des Comédiens, Montpellier (34)

 

Lu par la presse

« À l’image de Gus Van Sant avec Elephant, Laurent Mauvignier reprend un événement gravé dans notre mémoire collective et multiplie les points de vue à l’aide de sensibles monologues intérieurs. Comme un requiem, avant de retourner au stade. »
Baptiste Liger, So Foot, septembre 2006

« Chez Laurent Mauvignier, l’histoire bafouille entre trivialité et grandeur tragique. Mais plus encore ces monologues tissant une toile, de laquelle lentement se dégage l’image signifiante d’une époque. L’intime et les phénomènes du monde entrent dans une rare résonance. »
Jean-Claude Lebrun, L’Humanité, le 19 octobre 2006

« Dans la foule est un superbe et puissant huis clos de voix, une chorale de monologues intérieurs singuliers qui, ensemble, et de façon prégnante, tissent le récit de ces instants de débâcle, en sondent l’absurde et sourde et inintelligible violence. »
Nathalie Crom, Télérama, le 13 septembre 2006

Intentions de mise en scène

Romancer le réel

Il y a des événements qui cristallisent dans notre mémoire un lieu et un moment de notre vie. Chacun se souvient où il était pour l’attentat du 11 septembre 2001 et avec qui. J’ai un souvenir très précis de l’instant où, en 1985, j’ai allumé la télévision pour regarder la finale de la coupe d’Europe des clubs champions de football. J’étais encore dans le temps de l’enfance et des vignettes Panini. Dans la foule a fait ressurgir cette enfance et le souvenir d’autres cauchemars plus récents où cette fois, l’homme que j’étais devenu, était au Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine le 13 novembre 2015 et avait bu beaucoup de verres à la terrasse de la Belle Equipe alors que nous jouions L’Art du Théâtre.

Le parcours de la compagnie s’est en partie construit sur la transposition à la scène d’oeuvres romanesques : Suerte de Claude Lucas, Les Vivants et les Morts de Gérard Mordillat, et plus récemment Le Quatrième Mur de Sorj Chalandon. Chacun de ces récits a été un moteur dans la poursuite de mes recherches sur la question documentaire. 

Le roman de Laurent Mauvignier, Dans la foule, se nourrit d’un événement réel : le drame du Heysel. En 1985, ce stade de Bruxelles accueille la finale de la coupe d’Europe des clubs champions de foot : Liverpool s’oppose à la Juventus de Turin. Pour la première fois en Europe, un stade de football n’était plus le lieu du jeu mais d’un déchaînement de violences entre supporters anglais et italiens qui causèrent 40 morts et près de 500 blessés. Le mouvement des hooligans anglais est alors à son apogée ; il est le reflet d’une Angleterre thatchérienne qui souffre. Après ce drame, les rencontres sportives ne pourront plus s’organiser de la même manière.

Ici, pas de témoignages à proprement parler, cette « foule » s’incarne dans des personnages, des subjectivités parcellaires, arbitraires. Une vérité à hauteur d’homme, de sensations ; un monde de perception avant d’être un monde d’idées. 
L'auteur raconte l'évènement (son avant et son après aussi) d'un point de vue intime à travers la voix d'une italienne, d'un belge, d'un anglais et d'un français (chacun parlant à la première personne). Chacun prenant à tour de rôle la narration, à son rythme, revenant en arrière parfois pour mieux éclairer sa version dans un flot de mots.

Un couple de jeunes mariés italiens à qui on a offert des billets en cadeau de mariage, Tana et Francesco ; deux supporters français qui viennent à Bruxelles assister au match mais qui n’ont pas les précieux sésames, Jeff et Tonino ; un couple de bruxellois à qui des collègues de travail ont aussi trouvé deux billets, Gabriel et Virginie ; et, enfin les trois frères anglais Adrewson de Liverpool qui sont venus avec leurs amis hooligans.

L’adaptation · un spectacle trilingue

La réponse de Mauvignier pour circonscrire le réel est l’usage du langage. Une langue qui tente d’aller aux limites du dire, impure, multiple qui produit un léger écart dans le monde communicationnel pour marquer sa défiance, son adversité envers une parole colonisée par les stéréotypes, les clichés. Le personnage n’est pas singularisé par des tics réalistes. Il navigue entre deux espaces : langue du roman dans laquelle il prend vie, et langue de la communauté humaine dans laquelle il doit s’inscrire. Entre les deux, à lui de donner de la voix pour ne pas être écrasé, pour se faire de l’espace, pour vivre dans la chair de sa propre parole.

On ne sera jamais à la hauteur du réel : aussi puissant, aussi spectaculaire que la foule du Heysel. La perception de ce phénomène est impossible dans l’objectivité, la rationalité, mais seulement envisageable dans le morcellement de l’expérience humaine. A partir de là, la langue est à la fois oxygène et espace du personnage. Sa matérialité devient centrale. C’est pourquoi je veux mêler les langues (italiens, anglais, français) et les accents (belges, anglais de Liverpool), trouver des acteurs qui parlent la langue des personnages. C’est d’ailleurs ce qui a convaincu Laurent Mauvignier d’accepter pour la première fois l’adaptation de son roman pour la scène.

Partir de ce point de départ très concret de l’incarnation des mots par les bouches de leur propriétaire à la fois acteur et personnage. La réalité des personnages du roman de Mauvignier commence là, avant même le fait divers qu’il narre. Les quatre points de vue seront portés par quatre représentants (et quatre acteurs) : Tana pour les italiens, Geoff pour les anglais, Jeff pour les Français et Gabriel pour les belges.

Un théâtre transmedia · soigner nos fantômes

Ce n’est pas parce que Laurent Mauvignier fait parler ses personnages à la première personne que c’est du théâtre. Non, c’est un roman et c’est descriptif. 
Et même si par moment, j’ai transformé sa structure narrative en dialogues, c’est sa langue, la construction de sa langue qui me touchait et qui fait la force de notre projet.
Il fallait donc trouver la bonne distance pour lui donner une respiration qui trouve son épanouissement sur scène. Développer un imaginaire, une dramaturgie qui fasse exister des corps, un espace en dehors de la langue, de ce qui est dit.
Montrer ce que le théâtre ne peut montrer, 
soit parce que ce serait obscène – jouer la souffrance de personnes réelles – , 
soit parce que c’est idiot – mettre en scène ce qui est déjà dit avec des mots – ,
soit parce qu’il n’en a pas les moyens pour l’illustrer – un stade de 60 000 places – .
Montrer ce qui n’est pas dit, ce qui est tu.

Dans la foule raconte l’histoire de personnages pris malgré eux dans un événement qui les dépasse et de comment ils vont réussir à continuer à vivre avec ce trauma.

J’ai choisi de me concentrer sur trois personnages : les deux supporters français, Jeff et Tonino et Tana, la jeune mariée italienne qui perd son mari. Ils seront les seuls à être incarnés par des acteurs sur scène. Les autres seront en images. 
Par un système de doubles écrans, nous donnerons une profondeur à ces images planes, et ainsi leur donnerons une présence se rapprochant de celle des acteurs comme si ces fantômes avaient une réalité. 
Et rendre ainsi la confusion des personnages sensible au public.

Scénographie · le terrain de football abandonné

Pour trouver comment allait advenir la parole, il fallait poser un espace qui convoque les fantômes et leur naissance. Celui de la catastrophe passée, du chaos, de l’événement qui a eu lieu : le stade du Heysel.
Le nom de ce lieu sera toujours celui du drame. Le Heysel n’est plus le nom d’un stade mais celui de ce drame du 29 mai 1985. Et depuis toutes ces années, la nature a essayé de recouvrir les traces, de les faire disparaître.

Les tribunes ont été modifiées mais ont-ils changé la terre du terrain nourrie du sang des supporters ?

J’imagine une pelouse qui aurait été abandonnée, que personne ne serait venu tondre. Une pelouse d’herbes folles qui empêche de voir les traces laissées dans la terre.
C’est dans ces herbes folles que les personnages pourront reconstituer leur drame.
Au fur et à mesure, ressurgiront des signes du passé, des mannequins, des écharpes, des maillots, des fumigènes, des objets intimes du quotidien perdus.

Nous sommes dans la tribune Z, la fameuse tribune où les supporters italiens se sont fait charger par les hooligans anglais.
Nous sommes derrière le but que nous voyons en premier plan tourné vers le lointain du plateau, comme si le terrain s'enfonçait face à nous dans le noir profond du théâtre. Le filet du la cage de but nous sert d'écran.

Au lointain, le panneau d'affichage noir, censé indiquer le score du match, sera pour nous le deuxième espace de projection du spectacle sur lequel seront écrit les sous- titres et certaines séquences vidéo. La couleur sombre de cet écran donnera un rendu fantomatique à toutes les images qu'il pourra recevoir.

Musique · Aux origines de l’hymne

Alors que j'avais imaginé travailler dans un premier temps avec un groupe de rock pour accentuer l'énergie d'une telle manifestation sportive, j'ai découvert que l'hymne de la Ligue des champions venait d'un morceau de Haendel, Zadok the priest. En écoutant la version originale, et d'autres morceaux qu'il avait composé dans le même esprit, j'ai eu l'intuition qu'il serait plus intéressant de faire se rencontrer ces deux univers à priori éloignés et qui, pourtant, cohabitent le temps d'un hymne.

J’ai demandé à Jean-Christophe Sirven, un compositeur de formation classique qui aujourd’hui est passé du côté de la musique pop de travailler avec un violoniste et une soprano de l’Opéra de Montpellier pour retrouver le son du bois du violon, le feutre des tampons du piano, le bruit du crin des cordes, le souffle de la cantatrice.

Chercher les traces de l’hymne de la Ligue des Champions, et donc, de ce qui électrise les foules, c’est se rendre compte que cela vient de chants sacrés et que le football est aussi une histoire de croyance.
J’ai demandé à Jean-Christophe Sirven de parcourir un territoire où la rencontre serait possible entre le dénuement d’un chant sacré et l’artifice consensuel de la pop pour interroger la croyance de la Foule. S’en approcher et s’en éloigner. Séduire par des mélodies séduisantes puis se diriger vers l’âpreté de la solitude de l’instrument ou de la voix.

Vidéo · Croire aux fantômes

Je n’ai jamais vu le match. Seul le terrain vide, des gradins en ébullition. Un match comme un autre. L’attente puis ne pas avoir la patience d’attendre et enfin éteindre la télévision. Aucune image ensuite.
Cette absence d’image du drame persistera. Nous ne montrerons rien. Seuls les mots de Tana, dits de l’intérieur du stade, et ceux de Gabriel, depuis l’extérieur du stade, nous donneront à voir la catastrophe.

Il y aura trois qualités d’images :
- Les images du réel de la première partie du spectacle qui raconte l’avant-match et qui seront construites comme des séquences de cinéma. Chaque séquence sera filmée en décor naturel.
- Les images pré-filmées, en particulier celles de Geoff qui ne sera jamais présent sur scène mais qui sera tout de même filmé dans le décor afin que nous puissions imaginer qu'il est présent.
- Les images filmées en temps réel, découvrant au public des événements qui leur seraient cachés.
Pour filmer, les caméras sont automatisées, sans opérateur visible. Des caméras seront cachées dans le décor. Qui filme ? Le regard est anonyme, il n’est pas personnifié. C’est une présence fantomatique. Le personnage peut en avoir besoin pour se confier et parler directement à la caméra. Pour cela, j’utilise les codes télévisuels des retransmissions sportives tel que le ralenti ou le « replay ».

Dispositif technique · solitaire dans la foule

Outre cet environnement sensible porté par la musique jouée en direct et les diffusions d’images pré-filmées, je veux conscientiser le rôle du spectateur.
A la fois immerger le spectateur car il n’est pas la foule : il est dans la foule comme les protagonistes.
Et à la fois le pousser à faire un pas de côté pour prendre de la distance.
Pour rendre cela palpable, nous voulons réitérer nos expérimentations avec des casques audio sans fil. Forts de l’utilisation réussie avec le spectacle Andy’s gone, nous nous servirons de cet outil pour isoler le spectateur et rendre encore plus aigu la perception de la solitude en plein milieu d’une foule. Notre système de casques à plusieurs canaux permet en effet d’envoyer des contenus différents simultanément. Nous sollicitons donc le public pour qu’il choisisse à certains moments quel flux il veut écouter. Cette individualisation n’interdit pas une diffusion plus classique du son dans la salle de façon à créer des moments de « retrouvailles », de mise en commun.

Adaptation

Prologue : Soixante mille visages et moi

Alors que la lumière s’éteint dans la salle, on entend faiblement Zadok the Priest d’Haendel, la musique qui annonce les matchs de Ligue des Champions. On aperçoit au loin un terrain de football miniature qui semble flotter dans les airs, un jeu d’enfant, un tapis de jeu de Subbuteo avec joueurs, tribunes et panneaux d’affichage.

Une voix d’enfant, en off

Il y aura soixante mille visages crispés et tendus dans le stade, et des millions de gens pour regarder devant leur poste de télévision les mêmes soixante mille visages agrippés, courant derrière le ballon, des visages chahutés par le moindre revers et la plus petite surprise, cahotant, trébuchant avec le ballon. Des millions de prières à travers toute l’Europe. Et de partout, ce silence où couvent les cris les plus furieux : tout attendre des joueurs, un arbitre à redouter et sur qui se défouler en toute mauvaise foi. Des millions de gens dans leur voiture ; des routiers dans leur camion alors que dans les hôpitaux, les oreilles collées au transistor, les malades en pyjama et en robe de chambre se réveilleront vifs, haletants, surexcités comme des diables, les vieux et les agonisants presque ressuscités au moment de cracher un caillot de sang en hurlant Vive la Reine ! – Et les aveugles, dans le noir où ils vivent, s’imaginant la course plus belle encore, les seuls peut-être à s’émouvoir et à s’impatienter en écoutant la radio, sans avoir à chercher désespérément un poste de télévision.
Et moi. Moi, je serai là, dans la foule.

Un drone apparaît et on voit sur un écran placé au lointain l’image du terrain que filme le drone. L’image efface progressivement le terrain de football miniature. Un enfant apparaît dans le cadre et joue avec les joueurs. Il marque un but et s’amuse comme un vrai joueur à courir autour du terrain et faire une célébration.

Séquence 1 : Reconstitution

Le drone s’est déplace vers le devant de la scène et il filme maintenant le grand rectangle de pelouse d’herbes folles, hautes comme des épis de blés qui recouvre le plateau. C’est un terrain de football abandonné. On pourrait se cacher dedans comme le fait Geoff que le public ne peut pas voir directement mais qu’à l’aide de la vidéo. Derrière cette pelouse, un écran blanc de la taille d’un but de football soit sept mètres d’ouvertures sur 2 m50 de haut. Cet écran permet aussi des transparences.

Geoff, apparaît sur l’écran, il parle en anglais. Le texte est sous-titré en français. Il est allongé sur une pelouse aux herbes très hautes.

Il aurait mieux valu que je ne monte pas dans le train ;
Mais voilà. Au lieu de rester là, de ne pas bouger, je suis monté dans le train
et moi aussi, ce jour-là, je suis parti de Liverpool
et je suis allé jusqu’en Belgique, à Bruxelles.
En vrai, je n’avais pas envie de quitter Liverpool.
Je me disais que je ne serais pas plus mal chez moi à regarder le match avec Elsie. Moi, ce n’est pas que j’avais terriblement envie...non.
Mais c’est parce qu’ils voulaient que je viennes avec eux...
Enfin, disons,
papa voulait que nous allions voir ce match tous les trois.
Alors on est partis ensemble.
Les trois frères.
On a retrouvé les autres à la gare; Les amis de Doug surtout ; qui ont ri de voir les trois Andrewson arrivant ensemble, en même temps, avec chacun son sac à l’épaule.
Sauf que, de Doug, ils n’ont pas vraiment ri. Bien sûr.
On n’a jamais ri de Doug, ni eux, ni personne.
Mais par contre de moi, Geoff, le petit Geoff Andrewson avec sa voix trop douce et ses cheveux trop long pour eux, ils s’en sont donnés à cœur joie.
Ils riaient avec Doug et Hughie.
Ils riaient entre eux, parfois avec d’autres.
Mais ils ont surtout commencé à rêver à la fête qu’ils feraient dans Bruxelles,
le soir du match,
un coup à faire péter les fondations de Marble Arch et de Buckingham !
Des fêtes comme on en fait plus, à convier l’enfer et les damnés des guerres de cent ans, voilà, c’est comme ça qu’ils ont parlé.
Ce qu’ils ont promis.
Moi, je me souviens de mon billet entre les doigts. Je me souviens de tenir cette chose magique. Avec les frères, on allait au moins vivre ça. Peut-être même, un jour, le raconter à des gosses bouche bée de nous entendre leur dire, tu entends, moi, j’y étais !

Séquence 10 : Se laver

Tout le monde la regarde. Elle est au centre du plateau. On la voit en transparence, toujours enfermée par ses deux écrans (de la face et du lointain). Les autres sont au bord de la pelouse ou à l’image.

Tana

Je ne prendrai pas de douche. Je ne me déshabillerai pas :
Où es-tu ? Francesco ?
Qu’est-ce que ça peut faire d’entendre leurs voix et leurs conversations, hein, quoi ? Francesco, je suis seule dans cette salle d’eau à peine plus large qu’un couloir, et, par terre, il y a la chemise hawaïenne déchirée et maculée de sang, en boule, à côté du pèse personne.
Et moi, qu’est-ce que je pèse dans cette histoire
et au travers de ces voix et des débats que j’entends, rien, je ne pèse rien
et toi que pèses-tu ?
Comment peux-tu me laisser et avoir comme ça faussé compagnie à nos projets, à notre vie ?
C’est comme si tu avais prévu ton coup, dis, c’est ça, comme une sorte de tromperie, ce hasard, cette violence abattue sur nous et les conversations pour oublier –
Mais moi, qu’est-ce que je peux m’en foutre de tout ça,
Avec mes jambes qui flageolent et cette odeur de pisse que je sens encore,
Oui, Francesco, il faut que je prenne une douche, que je me lave,
Il le faut,
Je vais prendre une douche même si je ne le voulais pas,
A cause de la peur de me retrouver nue et de marcher pieds nus sur le carrelage avec le froid, avec ce corps nu dans un endroit que je ne connais pas.
Alors, une douche ; cette douche et l’eau qui coule du pommeau blanc et sali par le calcaire et la moisissure. Mais déjà mes vêtements tombent sur le carrelage et mon corps est nu , il tremble, il est si mou, si faible.
Et l’eau. Le bruit de la douche, la chaleur.
Ne penser à rien. Se taire. Et encore laisser couler des larmes revenues, toutes neuves, Inonder l’eau de la douche et inonder ma peau, avec cette douceur qu’elle a et qui ne demande qu’à se ramollir encore et se détendre.

Tout ce texte dit comme dans la possibilité de prendre une douche et de ce que cela représente pour elle. Elle va en effet la prendre cette douche. On doit voir la vapeur d’eau qui l’efface, qui fait d’elle un songe. Elle voudrait dormir.

Jeff

Quand elle revient de la salle d’eau, Tana regarde d’abord Tonino, Virginie et Gabriel. Et maintenant qu’elle revient avec les mêmes vêtements mais sans maquillage, le visage nu, à peine rougi par la chaleur de l’eau, elle ressemble d’avantage à cette autre Tana, celle que j’avais vue cet après-midi avec nous.
Elle se rassoit sur le canapé, presque sur le rebord, les mains posées sur les genoux. Non, Tana ne veut rien manger. Mais Virginie insiste, il faut manger un peu, dit-elle. C’est vrai, Tana est si pâle sans maquillage. Cette blancheur de Tana, cette façon qu’elle a de se recroqueviller sur le bord du canapé, tout ça met en évidence l’étroitesse de ses épaules, sa fragilité.
Et nous qui sommes incapables de faire quoi que ce soit pour l’aider, ne serait-ce que rompre ce silence trop pesant et l’état de choc duquel elle ne sort pas.
Et c’est sans doute à cause de ça que Virginie se lève et qu’elle va vers la cuisine, d’où l’on entend sa voix qui parle fort pour dire qu’il reste des parts de tartes au fromage, des couques de Dinant et des speculoos, si l’on veut, avec un reste de café. Mais Tana ne veut rien.
Et moi maintenant j’étouffe, je ne tiens plus. Je dis que je voudrais sortir et marcher pour respirer un peu. Gabriel me dit que si l’on veut on pourra dormir ici, sur le canapé-lit.
Je dis que je ne sais pas, peut-être. Je regarde vers Tonino, qui répond à mon regard mais ne dit rien.

Tonino

Oui, pourquoi pas.

Jeff

Pourquoi pas ?

Tonino

Tu veux que je te dise pourquoi pas ?

Jeff

Je ne veux pas rester ici.

Tana

Laisse moi venir avec toi.

Jeff

Oui si tu veux. Je te raccompagne jusqu’à ton hôtel ?

Tana

Oui

Tonino

Jeff, occupe-toi de Tana. J’ai deux ou trois choses à dire à Gabriel.

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Capter la surface des choses

Entretien avec Laurent Mauvignier
Propos recueillis par Jean Laurenti, Le Matricule des Anges, octobre 2006

Dans vos livres, en particulier dans le dernier, vous donnez aussi une place importante aux objets. Une partie de la dramaturgie se cristallise autour d’eux. Dans La foule, il se crée par Tana un raccord visuel entre un banal autogire qu’elle observe dans une salle de bains, la grande roue aperçue depuis la tribune du stade et la roulette du casino qu’elle invoque pour symboliser le sort qui a broyé sa vie.

Un monologue s’écrit comme ça, ça tourne comme ça. Les raccords visuels surviennent quand l’écriture va plus vite que la pensée. Les choses s’enchaînent en un effet boule de neige. J’aime ces moments-là de l’écriture. Là tu sens bien que le mouvement qui te mène est proche de celui des images qui sont employées. Ce raccord-là se fait par dégringolade. C’est aussi du collage, du montage, des enchaînements, de la libre association…Ces objets qui reviennent tout le temps ont aussi une capacité de relance du récit. S’ils ont un sens trop appuyé, je les enlève… C’est parce qu’elle est dans un état d’hébétude que Tana peut faire toutes ces connexions, ces associations a priori improbables. Lorsque je marche sur une esplanade recouverte de gravier, le bruit de mes pas me fait penser à un cimetière. Là, on est proche d’une expérience de mémoire et de langage qu’on trouve chez Proust. C’est la manière dont on nomme les choses qui les fait exister. Ce sont les jeux avec les mots, les jeux visuels qui font avancer le récit. Les objets font que le récit se déporte, et aussi qu’il avance. On est dans le modèle de l’enquête : les objets sont des indices qui permettent de remonter aux mobiles. Et là on voit bien que la mémoire c’est du récit et déjà de la fiction. Le fait de regarder un objet neutre, comme l’autogire, dont la fonction est simplement d’aérer, c’est déjà faire un récit. Tu le regardes avec ta disponibilité, ta mémoire, ton histoire, tu as un regard unique sur lui. C’est la perception des objets qui m’intéresse, pas les objets eux-mêmes.

Dans vos livres précédents, la réalité sociale extérieure aux personnages est peu présente. Pourquoi avoir fait le choix d’un événement qui a si fortement marqué les consciences pour bâtir Dans la foule ?

Alors je me suis demandé comment notre génération appartient à l’histoire, comment elle s’y inscrit ? Et puis avec le 11 septembre, malgré l’étrange ressemblance au cinéma qu’avaient les images qu’on nous montrait, il y avait une telle puissance de sidération qu’on s’est dit que ça devait être vrai. On mettra très longtemps à démêler ce mélange d’évidence et de violence, ce rapport fiction-réel que contenait cet événement. Et puis cette sensation de sidération, j’ai eu l’impression de l’avoir déjà vécue : je me suis souvenu que c’était avec Le Heysel. L’irruption dans un monde hyper-protégé de quelque chose qui ne peut pas arriver.
Il faut regarder les choses à partir du plus petit dénominateur commun, à hauteur d'homme, à travers les personnages.

Revenu dans son village, Jeff dit : « Combien de millions d’hommes et de femmes restent toute leur vie hébétée sur le bord de la route où l’actualité les a recrachés, indifférente à eux. » La deuxième grande violence que subissent les victimes, c’est lorsque la page se tourne. Ce qu’ils ont vécu n’existe plus du point de vue de la collectivité ?

Je voulais juste me mettre à hauteur humaine : c’est par le monologue, que j’ai cherché à approcher ça, de façon lacunaire, parcellaire. Je n’ai pas voulu surplomber la situation. C’est un des buts de la littérature de confronter l’homme à plus grand que lui. Comment la portion individuelle, personnelle se heurte ça et s’en trouve transformée.
Dans une foule, il n’y a que des anonymes, mais qu’est-ce que ce mot signifie ? La foule est un corps immense qui pense en soi, qui passe par soi, qui n’a pas conscience de son existence… Quand un hooligan admet avoir jeté des pierres, il ne peut pas endosser pour autant la responsabilité de la mort de quarante personnes. En réalité, il n’a probablement tué personne. C’est une responsabilité collective, et personne individuellement ne voudra l’assumer.

En même temps, elle cherche à se sauver, malgré les paroles terribles de sa mère, veuve elle-même, à propos du « malheur pour les femmes » et « des hommes qui meurent comme des mouches, et des mouches qui tournoient comme des ballons de baudruche et des fanions dans les stades, au-dessus des hommes. » Elle refuse de céder au discours maternel sur la fatalité, « au nom de cet amour qu’on doit à la vie. »

Il ne faut pas que les écrivains laissent le discours sur la catastrophe aux médias. Passer par des personnages, les accompagner, c’est une façon de rendre du réel, de rendre compte de la déflagration qui se produit à l’intérieur des êtres.

Variation, variante, version

Entretien avec Laurent Mauvignier
Par Jérôme Diacre, revue Laura n°3, mars-octobre 2007

J’ai attendu une approche clairement politique qui n’est jamais venue. Le marché noir des billets, les « fachos » de skins anglais ne sont pas l’objet d’un commentaire directement politique plus particulièrement appuyé.

« J’ai pensé à cela, cette dimension politique, mais je crois qu’il ne faut pas se tromper de livre. Ce qui m’intéresse c’est qu’un livre pose des questions… et non qu’il apporte des réponses. La question est pour moi : comment écrire un livre politique sans être dans le message ou l’affirmation. Comment faire pour que l’on soit dans la politique sans parler politique en termes attendus, ou comme on dit dans la presse, politicien.
Un peu à la façon dont Clint Eastwood finit son film Mystic River qui est pour moi une fin totalement politique alors même que ce qui est vu ne l’est pas explicitement. Pour continuer avec l’exemple du cinéma, je préfère d’un point de vue politique le cinéma des Dardenne à celui de Loach, pour cette raison que le politique est une question esthétique, il traverse la matière du film, ses personnages, et non pas la volonté de l’artiste d’instrumentaliser des personnages pour dire, imposer une idée, même si elle est juste. Même si cela se passe dans la structure sociale, dans ce lieu des rapports sociaux, il ne s’agit pas de désigner les bons et les méchants. La dénonciation, la critique du monde, c’est d’abord essayer de voir, de comprendre, d’articuler des causes et des effets. Ce n’est pas rien dire, c’est juste ne pas faire parler l’auteur, faire que son livre deviendrait un alibi pour l’épanchement de ses idées. Les idées doivent venir du livre, remonter vers le lecteur, mais d’un endroit plus obscur, plus étanche à l’opinion de l’auteur - qui lui, oui, doit disparaître derrière son écriture. »

Lorsque tu étais aux Beaux-Arts tu as bien été tenté par des expérimentations plus formelles, avec le choix d’une méthode, d’un protocole, d’un process. Le cut up, le refus de toute ponctuation, le rejet des conventions et normes grammaticales… Or les romans que tu écris sont d’une facture plus habituelle. On est davantage dans l’intuitif, l’immédiat, le vécu par empathie du lecteur, le ciselage de l’émotion par la phrase…

L’écriture ne vise pas à la spontanéité pour elle-même, encore moins à l’expression de l’inconscient. Quand je parle de souffle, je parle aussi d’ambition littéraire, de construire un art qui n’aurait plus peur ni honte des moyens dont il dispose. Mais pour moi, en un sens, il n’y a pas de monologue intérieur. Pas de spontanéité. Il y a un mouvement qui porte la phrase, le paragraphe. Il y a une façon de balayer le maximum du prisme des sensations et des perceptions. Le mélange de l’observation et du travail de l’interprétation, de la mémoire, etc. L’immédiat est effectivement déjà articulé, c’est bien pour quoi je rejette le naturalisme : il ne s’agit pas de mimétisme, de faire croire que je suis dans la tête de quelqu’un. Il s’agit de mettre à l’épreuve l’incarnation du personnage, par la langue. Il s’agit d’enivrer le lecteur, de lui donner cette passivité, cet abandon qu’il faut pour recevoir. Il s’agit d’hypnotisme, d’engourdissement, d’emportement, il s’agit de faire descendre le lecteur au lieu secret et intime de sa capacité à être absorbé. Il faut l’emmener à se débarrasser de cette retenue, cette peur qu’il a de subir. Il faut qu’il subisse, parce que c’est là qu’aura lieu peut-être la possibilité d’une expérience, d’une rencontre, d’une zone intime, sa fracture, sa fissure, qu’il s’agit de faire vibrer - oui, comme on dit faire vibrer la corde sensible, mais sans sensiblerie, sans flatterie, sans égard pour la crainte du lecteur. Je ne renie rien de la modernité sur cette question d’un Je mis à l’épreuve de l’écriture. Il faut traverser, traverser la langue et le corps.

Dans la foule

D’après le roman de Laurent Mauvignier

Adaptation et mise en scène Julien Bouffier
Création 2020

+ Dans la foule

+ Andy's Gone 2, La Faille

Texte original de Marie-Claude Verdier

Un projet de Julien Bouffier
pour 80 casques sans fil et un espace dans lequel un public et deux actrice·eur·s peuvent se rassembler sans frontières
Création 2019-2020

Andy's Gone - saison 2

A la fin d'Andy’s Gone, la Cité voit ses portes s’ouvrir pour laisser rentrer les réfugiés qui meurent à ces murs. Régine, la reine réussit à les fermer malgré le chaos et fait disparaitre sa nièce Alison, promise au pouvoir. La révolte, cependant gronde. Alison avait déjà convaincu les citoyens et le public que Régine leur mentait. Régine doit restaurer son pouvoir mais une nouvelle voix se fait entendre dans les casques qui appelle à la rébellion. Et cette voix s’appelle Andy. Jusqu'ou ira le jeune homme pour prendre le pouvoir ?

Celui qui se fait passer pour Andy est le haut-parleur de ce peuple qui se sent trompé et maltraité. Mais qui est vraiment cet Andy ? Que cache cette parole qui veut tout remettre à plat ? La terreur qu’il met en place pour transformer la société est-elle justifiée ? La participation citoyenne qu’il propose au public est-elle une garantie de démocratie ?

 

Texte Marie-Claude Verdier
Mise en scène Julien Bouffier
Interprètes Vanessa Liautey, Maxime Lélue, Manon Petitpretz
Univers sonore Jean-Christophe Sirven

Durée : 1h
Tout public à partir de 14 ans

Production Compagnie Adesso e sempre.
Coproduction Théâtre Jean Vilar à Montpellier, Conseil départemental du Gard dans le cadre du dispositif Artistes en Résidence au Collège.
Adesso e sempre est subventionnée par le Ministère de la Culture / DRAC Occitanie, la Région Occitanie, la Ville de Montpellier.

Création 2019-2020
• Création les 8, 9 et 10 janvier 2020 à 20h au Théâtre Jean Vilar, Montpellier (34)
• Tournée du 20 janvier au 1er février 2020 avec le Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines, scène nationale (78)
• 12 mars 2020 à 19h à la MPT Chopin, Montpellier (34)
• 14 novembre 2020, Centre socio-culturel de Roye (80)
• 19-23 janvier 2021, Théâtre Dunois, Paris (75)
• 27-28 janvier 2021, Le Kiasma, Castelnau le Lez (34)
• 9 février 2021, Cité Scolaire Françoise Combes, Montpellier (34)
• 17-22 mai 2021, Scène Nationale l'Estive, Foix (09)

 

Pourquoi une saison 2 ?

Andy’s Gone a été un magnifique outil de médiation en direction des établissements scolaires et des territoires qui ne possèdent pas de lieux de représentation. Spectacle conçu pour une jauge réduite de 80 spectateurs environ (selon les dimensions de la salle d’accueil), il est autonome et ne demande pas plus d’un service d’installation. Créé en réponse à un appel à projet du Conseil Départemental de l’Hérault, en coproduction avec Sortie Ouest, domaine départemental d’art et de culture de Beyssan - scène conventionnée pour les écritures contemporaines à Béziers, il nous a permis de continuer à travailler le lien, cher à la compagnie, avec les adolescents puisqu’il a d’abord été créé dans des salles de classe de collèges.
Alors que nous dépasserons les cent représentations d’Andy’s Gone à la fin de la saison 2018/19, nous avons ressenti la nécessité avec Marie-Claude Verdier de prolonger le destin de ces personnages, d’imaginer la saison 2. Souvent, dans la rencontre que nous initions à la fin du spectacle, le public nous demande ce qu’il se passe ensuite. L’univers feuilletonnesque que nous avons fondé à partir du mythe d’Antigone et de la confrontation entre Créon et Antigone, et alors que nous avons imaginé une fin ouverte, appelle une suite.

Andy's Gone 2, La Faille se déroule dans une cité placée en état d’urgence. Comment le pouvoir peut-il et doit-il réagir ? Comment le point de vue de la jeunesse, sa générosité et son innocence y répondent ? L’opposition entre les deux acteurs, l’un incarnant le pouvoir en place, l’autre celui qui veut prendre la place, est une figure de l’engagement qui passionne les adolescents comme nous avons pu le constater lors des représentations d’Andy’s Gone. C’est un sentiment partagé par de nombreux adolescents qui sont intéressés par le monde mais ne se sentent pas en capacité de participer, se sentent exclus. Andy's Gone 2, La Faille amène l'idée de puissance sur le monde, de participation, de courage et de défense de ses idées.
Ce sont des valeurs et des idées qui peuvent résonner chez un public plus large, mais particulièrement à l'adolescence, moment où l'on est en pleine construction de son identité.

Un compagnonnage avec une auteure

Grâce à ma participation au comité de lecture du Tarmac, Théâtre francophone international de Paris, qui l’avait choisie dans sa sélection finale, j’ai découvert une jeune auteure québécoise, Marie-Claude Verdier.
Ce qui m’a touché dans son écriture, c’est la prédominance de la fable vis-à-vis de la forme, qui confronte de jeunes personnages au réel, de leur volonté (difficultés) d’avancer dans un monde complexe. Sa liberté de ton et son humour décalent les codes du réalisme, n’hésitant pas à passer radicalement de situations très ancrées dans l’actualité à d’autres fantastiques. Sa langue, aussi, m’a beaucoup réjoui. Sans tabou, elle intègre toutes les influences qui la traversent. Elle n’hésite pas à utiliser l’anglais, le français ou le québécois que nous ne comprenons pas et qui nous apparaît alors comme une langue inventée.
J’ai alors décidé de lui proposer d’écrire spécialement pour ce projet, une adaptation contemporaine, d’Antigone, axée sur l’opposition entre Créon et Antigone et dirigée vers un public adolescent. C’est ainsi qu’est né le premier volet, Andy’s Gone en novembre 2016.
Un échange passionnant entre elle et moi, de part et d’autre de l’océan Atlantique, s’est institué durant lequel elle a rebondi au-delà de mes espérances à toutes mes intuitions et à mes désirs de mise en scène.

Intentions de mise en scène

Un dispositif immersif

A leur entrée, Il est distribué au public des casques audio sans fil grâce auxquels ils entendront ce qui se passe à l’intérieur et l’extérieur de la salle. L’objet casque n’est pas seulement l’outil du spectateur pour entendre, il est aussi un moteur pour l’imaginaire.
Ce dispositif immersif déplace la réalité de la salle (qu’elle soit salle de classe, polyvalente, ou à d’autres destinations) en la nourrissant d’une fiction sonore créée par Jean-Christophe Sirven, musicien de formation classique qui s’exprime maintenant du côté de la pop musique ou de la chanson française.

Les casques permettent aux spectateurs de se projeter dans une autre réalité que la leur, uniquement par l’univers sonore constitué de trois couches :
La première est dramaturgique. Elle rendra compte d’événements qui se produisent ailleurs mais auxquels les personnages sont reliés et avec lesquelles ils dialoguent. La confrontation entre Régine et Allison se joue aussi dans ce que l’une et l’autre veulent faire entendre au public ; ce que Régine veut leur cacher et ce qu’Allison dévoile en hackant les communications téléphoniques des policiers.
La seconde est narrative en donnant à entendre un univers réaliste qui permettra au public de situer l’action quand elle n’est pas visible.
La troisième est musicale et poétique, à la manière d’une bande son de film, pour travailler la tension et l’émotion du spectateur.

Une interactivité décuplée

Dans ce deuxième opus, le spectateur - et donc son esprit critique - sera encore plus au centre du dispositif. Il pourra prendre la parole, voter, choisir son camp en écoutant l’un ou l’autre des interprètes et même se déplacer dans un des deux espaces de la représentation.
Dans Andy’s Gone chacun était déjà libre de s’installer où il le désirait pour regarder et d’utiliser son casque audio s’il le désirait. Il y avait plusieurs manières de regarder et d’écouter le spectacle. Nous voulons pour cette suite donner plus de pouvoir aux spectateurs, à leur regard critique. Ils peuvent résister. Nous cherchons, dans la même optique, plusieurs issues finales que le public initierait selon son implication. Par exemple, si le choix est de rester et résister, ou partir, cela implique des décisions douloureuses. Tous ne peuvent pas partir, il y aura un sacrifice dans les deux choix.

Le public va être divisé en deux groupes dans deux espaces différents. Le public aura la conscience de ne pas assister à tout le spectacle. Il se passe des choses auxquelles il n’a pas accès.
Sa connaissance des événements est donc limitée. Ainsi nous développerons la puissance de l’imaginaire en démultipliant les hors-champs, la possibilité que ceux-ci soient fictifs ou réels.
C’est la naïveté et l’esprit critique du spectateur qui sera éprouvé.

Andy's Gone 2, La Faille

Texte original de Marie-Claude Verdier

Un projet de Julien Bouffier
pour 80 casques sans fil et un espace dans lequel un public et deux actrice·eur·s peuvent se rassembler sans frontières
Création 2019-2020

+ Andy's Gone 2, La Faille

+ Le Quatrième Mur

Création franco-libanaise
Mise en scène Julien Bouffier
à partir du roman de Sorj Chalandon (Prix Goncourt des Lycéens 2013)
Création 2017

« Le quatrième mur, c’est ce qui empêche le comédien de baiser avec le public. Une façade imaginaire, que les acteurs construisent en bord de scène pour renforcer l’illusion. Une muraille qui protège leur personnage. Pour certains, un remède contre le trac. Pour d’autres, la frontière du réel. »
Sorj Chalandon

En 1974, à Paris, Georges, étudiant en histoire, militant activiste pro-palestinien, casseur de facho et féru de théâtre, fait la connaissance de Sam, grec et juif ayant fui la dictature des colonels après l'avoir combattue. Sam a un rêve : monter Antigone d'Anouilh sur la ligne verte qui sépare Beyrouth, avec des acteurs de toutes les nationalités et religions du conflit. Malade, il demande à Georges de le faire à sa place. La troupe se compose d’une palestinienne sunnite, d’un druze, d'un maronite, d'un chiite, d'une catholique, chacun proposant tour à tour une relecture d'Antigone au regard du conflit libanais. Le jeune homme arrive avec sa belle idée de paix, face à des hommes et des femmes qui se haïssent mais acceptent de le suivre dans son projet sans jamais cesser de l’interroger sur ses motivations et sa connaissance de la guerre. Il va devoir composer avec ses engagements, essayer de comprendre ce pays, côtoyer des snipers, être blessé, entrer dans Chatila massacrée… De retour en France, incapable de retrouver sa vie d'avant, il décide de repartir au Liban où il est tué.

 

Adaptation et mise en scène Julien Bouffier
Scénographie Emmanuelle Debeusscher et Julien Bouffier
Création vidéo Laurent Rojol
Interprètes Yara Bou Nassar, Nina Bouffier, Alex Jacob, Vanessa Liautey
À l’image Joyce Abou Jaoude, Diamand Abou Abboud, Mhamad Hjeij, Raymond Hosni, Elie Youssef, Joseph Zeitouny
Voix Stéphane Schoukroun
Création musicale Alex Jacob
Ingénieur son Eric Guennou
Création Lumière Christophe Mazet
Régie générale Christophe Mazet
Régie plateau Emmanuelle Debeusscher
Travail sur le corps Léonardo Montecchia

Durée : 1h30
Tout public à partir de 15 ans

Production Compagnie Adesso e sempre. Coproduction Théâtre Jean Vilar à Vitry-sur-Seine ; EPIC du Domaine d’O domaine départemental d’art et de culture à Montpellier ; La Filature, scène nationale à Mulhouse ; Humain trop humain, Centre dramatique national de Montpellier ; Théâtre du Vésinet. Soutien Studio-Théâtre de Vitry-sur-Seine. Avec l'aide de la Spedidam. Remerciements Valérie Baran, Le Tarmac, scène internationale francophone à Paris. Adesso e sempre est subventionnée par le Ministère de la Culture / Drac Occitanie, la Région Occitanie, la Ville de Montpellier

Tournée 2019-2020

• 17 octobre à 20h30 au Théâtre Molière-Sète, Scène nationale archipel de Thau à Sète (34)
• 1er et 2 novembre à Beyrouth (Liban)
• 8 avril à 19h15 au Théâtre populaire romand, centre neuchâtelois des arts vivants à La Chaux-de-Fonds (Suisse)

Tournée 2018-2019  

• 18 et 19 mai à 18h à l’Espace Bernard Marie Koltès - Théâtre du Saulcy à Metz (57) dans le cadre du festival Passages

TOURNÉE 2017-2018

• 29 et 30 septembre 2017 à 20h au Théâtre Paris Villette dans le cadre du festival Spot
• 10 octobre 2017 à 20h30 au Kiasma à Castelnau-le-Lez (34)
• 12 octobre 2017 à 19h & 13 octobre 2017 à 21h à SortieOuest à Béziers (34)
• 20 et 21 octobre 2017 à 19h30 au Festival des Libertés sur une proposition du Théâtre national Wallonie-Bruxelles (Belgique)
• 8 février 2018 à 20h Les Quinconces-L'Espal, scène nationale au Mans (72)
• Du 9 au 26 mai 2018, du mardi au jeudi à 20h, les vendredis à 19h, les samedis à 20h, les dimanches à 15h30 (relâche les 12, 14 et 21 mai) au Théâtre Paris Villette (75)

Chantier et création 2016-2017

Mardi 29 mars 2016 à 19h au Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine dans le cadre des Transversales, écritures mélangées de Méditerranée (Véronique Bellegarde + Julien Bouffier + Hugo Paviot)

10 et 11 janvier 2017 à La Filature, Scène nationale à Mulhouse
2 et 3 février au Théâtre Jean Vilar à Vitry-sur-Seine
24 au 25 février à Humain trop humain, Centre dramatique national de Montpellier
1er au 4 mars au Le Tarmac, Scène internationale francophone à Paris
7 mars au Théâtre du Vésinet
29 et 30 mars à la scène nationale de Saint-Quentin-en-Yvelines

 

Théâtre / docu / fiction ?

Depuis une dizaine d’années, la compagnie a concentré son travail sur la question documentaire dans la représentation théâtrale. Comme le réaffirme Sorj Chalandon, la scène est le lieu de la représentation et donc de la fiction, le quatrième mur la protège du réel. C’est cette frontière que nous voulons emprunter, franchir, faire franchir au public. Rendre perméables nos voyages, basculant du réel à l’imaginaire, de l’image filmée à la scène, de l’acteur au personnage.

Sorj Chalandon construit son récit en déconstruisant la chronologie narrative si bien que le présent de l’action est toujours mouvant. Ce traitement du temps est une des richesses du roman et ses aller-retours temporels offrent un effet de distanciation, d’étrangeté qui stimule une conscientisation du spectateur. Chalandon pose la question au théâtre de la présence, des fantômes, de l’incarnation à laquelle notre adaptation répond en multipliant les moyens narratifs que nous offre la scène. Entre récit, dialogue, incarnation, théâtre d’objet et cinéma, notre Quatrième Mur veut rendre sensible et intelligible ce voyage initiatique entre la vie et la mort, entre incarnation et engagement symbolique.

Le Quatrième Mur raconte une histoire libanaise, celle de la guerre, des combats, des enfances broyées. Mais aussi une histoire européenne, celle des mouvements gauchistes étudiants post 68, des résistances, des exils, des injustices, de l'engagement. Cela parle de la construction d’un narrateur toujours en prise avec le politique, le militantisme. Lorsqu'il promet à Samuel de mettre en scène Antigone à Beyrouth à sa place, en pleine guerre du Liban, avec des acteurs de toutes confessions, il s'engage dans un acte doublement symbolique : faire du théâtre avec des combattants réels, pour que, le temps d’un lever de rideau, Beyrouth ne soit pas un théâtre de guerre mais une guerre de théâtre.
Mais la guerre n’est pas symbolique : on tue à Beyrouth. On massacre. Ce massacre n’est pas symbolique. Il est réel. Des êtres vivants ont été méthodiquement assassinés.
Que peut faire le théâtre contre la barbarie, ce territoire au-delà des frontières réelles et symboliques ? Que peut-on faire contre la barbarie ?
Sorj Chalandon refuse de répondre à cette question car la représentation d’Antigone n’aura jamais lieu. Le narrateur en revanche, malgré son retour en témoin héroïque, hanté par les fantômes du drame libanais, ne parviendra pas à revenir à la normalité de sa vie française.

Le terrain sur lequel s’inscrit le roman a été foulé par des peuples qui ont été touchés dans leur chair. Sorj Chalandon, alors grand reporter, a été l'un des premiers à entrer dans le camp de Chatila après les massacres. Témoigner, en tant que journaliste, n’a pas suffi pour effacer les images terrifiantes dont il avait été le spectateur. Elles sont devenues son moteur d’écriture pour une fiction. Dans quel but ? Tenter d’expliquer, de comprendre quoi ?

Son choix de se réinventer en metteur en scène pour raconter son histoire m’a incité, comme en miroir, à user encore plus du réel (celui que j’éprouve) pour développer notre spectacle. Extraire les faits et la géographie de son roman, de la fiction. Retrouver dans le Liban d’aujourd’hui les traces de la fiction d’hier, rencontrer et inclure dans notre projet des acteurs libanais traversés dans leur mémoire par la guerre civile.

La première partie du spectacle raconte la construction politique du narrateur, son utilisation du théâtre pour exprimer son engagement  tandis que la seconde nous emmène en voyage vers l’Autre, vers la recherche d’une confirmation des valeurs qu’il s’est fabriqué pour se défendre du quotidien. C’est ce choc entre engagement symbolique du théâtre et engagement réel de la guerre qui se joue ici et donc plus largement de la difficulté toujours renouvelée pour le théâtre de représenter le monde.

Depuis l’attentat de novembre 2015 à Beyrouth faisant une quarante de morts dans un quartier chiite de la banlieue sud proche du Hezbollah, mon téléphone a vibré, sonné, smsisé, facebookisé. Que fait-on ? Nous devions partir une semaine plus tard à Beyrouth pour un premier voyage de repérage sur notre nouveau projet du Quatrième Mur à partir du roman éponyme de Sorj Chalandon. Le fantasme d’un Beyrouth en guerre réapparaissait. Beyrouth que nous avions approché quand nous avions joué quelques années plus tôt Hiroshima mon Amour de M.Duras au théâtre Al Madina. Un Beyrouth qui me rappelait le Caire de mon enfance, mes amis libanais d’alors, Sary surtout mais aussi Inji, Joëlle, Nathalie. L’impression de se sentir chez soi, chez moi. Alors quand les personnes avec qui je devais partir eurent des craintes de partir, je ne les ai pas comprises. Il est vrai que quand la carte de l’avion laisse apparaître que notre destination est entre tant de villes en guerre, il est humain d’avoir quelques craintes. Ce n’est pas facile d’appréhender un attentat quand nous ne sommes pas directement touchés ou si le territoire visé n’est pas connu. Notre émotion est dictée par les films, par les médias que nous avons vus. Comment chacun ressentons-nous le danger, comment s’inscrit en nous l’état de guerre, de terreur ? C’est amusant comme le questionnement qui vagabondait en moi faisait écho aux problématiques de notre projet sur Le Quatrième Mur. Et puis il y a eu ce Vendredi 13 Novembre. Je ne sais plus où j’ai lu Christophe Honoré racontant sa soirée. Il crée en ce moment un spectacle à Paris intitulé la Fin de l’Histoire et où à la fin de son spectacle, ils jouent à mettre une « apocalypse de théâtre ». Il dit : « Les bruits violents envahissent le plateau, les fumées s’installent… cendres, faux sang, lumières vives, explosions… L’artifice a soudain un goût insupportablement obscène, je me sens honteux ». C’est la raison pour laquelle je pars à Beyrouth. Ne pas être honteux. Trouver la bonne distance.

Julien Bouffier - processus de création - octobre 2015
À consulter en ligne sur lequatriememurblog.wordpress.com

Distribution

Deux couples. L’un français, l’autre libanais. Deux femmes, deux hommes. Vanessa Liautey l’actrice narratrice, porte le récit de Sorj Chalandon. Alex Jacob, le chanteur/guitariste du Skeleton Band l’accompagne à la fois seconde voix, partenaire de jeu et musicien. Face à eux, deux interprètes libanais vivant à Beyrouth. Un homme d’une soixantaine d’années joue le rôle du chauffeur de taxi qui nous conduit dans le Beyrouth de Chalandon et dans la mémoire de l’acteur qui a vécu la guerre. Il sera notre guide. Une jeune femme incarne la palestinienne qui doit jouer l’Antigone d’Anouilh, double figure à représenter : celle de la réalité terrible du destin de cette femme palestinienne dans le camp de Chatila et celle d’un personnage théâtral. Choisir des acteurs libanais vivant à Beyrouth, emmener les interprètes français au Liban et travailler là-bas concourt à prolonger le geste de Chalandon qui ne cesse de tenter de comprendre le réel en le frottant à la fiction. Au cours de nos séjours au Liban, nous allons aussi filmer des séquences avec des acteurs libanais. Au Liban, d'autres acteurs vont aussi rejouer l'Antigone d'Anouilh, comme une mise en abîme, pour reconstituer le parcours qu’emprunte le héros de Sorj Chalandon.

A quoi ressemble un druze ? Une palestinienne ? Un chiite ? Un phalangiste ? Un Sunnite ? Un maronite ? Ma bonne conscience de gauche devait pratiquer le délit de facies sur des personnes qui vivaient au même endroit mais qui avaient pour différence leur croyance religieuse. L’arbitraire choix de Sorj Chalandon pour constituer sa petite troupe et de faire se confronter un Créon phalangiste à une Antigone palestinienne qui est arrêtée par des soldats chiites et qui tombe amoureuse d’un Hémon druze est très conceptuel. C’est une bonne idée dramaturgique. Mais comment fait-on pour donner un visage à cette idée ? Vous me direz que pour chaque texte, c’est la même chose. Que ce soit pour le théâtre ou le cinéma. Sauf qu’ici, la fiction de Chalandon s’appuie sur une histoire récente brutale à partir d’événements qui se sont réellement  éroulés. Lors de mes rencontres, il m’est souvent arrivé de demander à Raghda qui m’accompagnait, de quelle religion était notre précédent interlocuteur. Elle était souvent incapable de me le dire. Parfois, nous échafaudions des règles par rapports aux noms ou prénoms de certains. Il est évident qu’un Joseph est difficilement musulman mais il arrive que des noms puissent être autant sunnites, chiites que chrétiens. Je me suis alors demandé naïvement comment ils faisaient pour savoir qui tuer pendant la guerre civile ? Mon choix ne voulait pas s’opérer à partir d’un type physique. Un libanais, qu’il soit chrétien ou musulman, ne ressemble pas à un autre libanais. Mon seul critère serait donc que l’actrice qui doit jouer Antigone sache chanter « oriental ». Même là, j’étais un peu mal à l’aise en évoquant le mot « oriental ». Les raccourcis sont la plupart du temps le fruit d’une grande ignorance. C’était mon cas, en disant « oriental », j’évoquais ce que je pouvais entendre dans les taxis du Caire de mon enfance (Oum Kalsoum, Fayrouz) mais sans bien savoir ce que cela signifiait. Mon voyage était pavé de bonnes intentions qui s’effritaient dès que je mettais un pas devant l’autre. J’aurais été beaucoup plus serein si j’étais resté en France en lisant des livres sur l’histoire récente libanaise. Venir à Beyrouth, c’est prendre le risque d’être pris pour un orientaliste et ce n’est pas un compliment dans leur bouche.
C’est la preuve s’il en fallait encore une qu’une vérité n’est souvent liée qu’à la place du viseur par lequel on prend notre photographie : une histoire de point de vue.

Julien Bouffier - processus de création - octobre 2015
À consulter en ligne sur lequatriememurblog.wordpress.com

 

Musique

La musique a toujours été dans nos spectacles un fil narratif qui a sa propre logique et qui vient répondre à la dramaturgie de l’œuvre. Ici, c’est Alex Jacob, avec qui nous avons déjà travaillé dans les spectacles Epreuves et L’art du théâtre de Pascal Rambert, qui incarne cette volonté. Comment déplaçons-nous son statut de chanteur/leader d’un groupe de rock, Le Skeleton Band, nourri de guitares, de rock usé, de voix éraillées, de blues vers la prise en charge de la parole romanesque et vers un territoire géographique et historique qui lui est étranger ? Il était donc important qu’Alex Jacob nous accompagne dans notre voyage à Beyrouth pour qu’il s’imprègne de la musique libanaise et que sa présence sur scène soit nourrie de la même expérience vécue par toute l’équipe artistique.

Lors de notre première résidence de création, que nous avons menée au Studio-Théâtre de Vitry avec le soutien du Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine, j’ai demandé à Alex Jacob, chanteur et musicien, d’imaginer comment il pourrait s'approprier The sound of silence de Simon and Garfunkel. J’étais loin de penser que cette chanson était l’une de ses préférées, tellement son style musical avec son groupe le Skeleton Band en est éloigné. The Sound of silence a donc été pendant une semaine le prétexte de la rencontre entre le musicien et Vanessa Liautey, l’actrice principale du projet. Très vite, ce morceau est devenu le nôtre et je partais au Liban avec la volonté de la transmettre à une actrice libanaise pour en faire une version orientale en arabe. The sound of silence m’a alors accompagné tout le long de mon séjour dès l’avion où il rediffusait Le Lauréat, dès la première terrasse de café beyrouthine où la sono laissait entendre sa mélodie et même le dernier jour où d’un magasin d’électronique, je pouvais reconnaître à travers les grésillements Simon and Garfunkel. Pour une chanson qu’il me semblait ne plus avoir entendue depuis des années. 

Julien Bouffier - processus de création - novembre 2015
À consulter en ligne sur lequatriememurblog.wordpress.com

 

Image

Lors de notre voyage au Liban, nous filmerons les images fictionnelles du roman comme celles plus improvisées liées aux rencontres que nous ferons. Loin d’être des images d’archive, elles raconteront Beyrouth aujourd’hui avec d’autres tensions, d’autres blessures. A Beyrouth, les signes de la guerre sont moins ceux de la guerre du Liban que ceux des événements en Syrie qui fragilisent un calme précaire.
Ces images serviront de base à la deuxième partie du spectacle.

 

Scénographie

Deuxième volet de notre projet autour de la crise de la représentation après L’Art du théâtre de Pascal Rambert, Le Quatrième Mur continuera à se nourrir des codes théâtraux pour mieux les bouleverser. Après avoir beaucoup réfléchi à un espace faisant largement référence au théâtre, mon premier voyage à Beyrouth a beaucoup modifié le projet scénographique en voulant signifier avec l’espace, un travail accru sur la perspective voulant faire référence aux caches des snipers et ainsi évoquer la fragilité de notre quête (celle du narrateur et la nôtre). Dans le même temps, et encore à la suite de rencontres beyrouthines et de la narration des batailles des grands hôtels, j’ai voulu resserrer l’espace à une chambre d’hôtel, un espace privé, universel, interchangeable mais qui reste tout de même, dans un territoire qui n’est pas le notre, un espace intime, privilégié. Une chambre donc, un point de fuite au lointain, un écran servant de toit et des trouées latérales.

Un des objectifs de ce voyage à Beyrouth est de repérer des bâtiments touchés par la guerre dans lequel je pourrais filmer des acteurs plus tard. Ariane Langlois (celle qui a préparé le voyage et que je ne remercierais jamais assez) l'avait bien compris en me faisant rencontrer Grégory Buchakjan. Tout en finissant une thèse sur les bâtiments abandonnés liés à la guerre, ce professeur aux Beaux-arts de Beyrouth développait tout un travail artistique pour lequel il photographiait des femmes dans ces mêmes bâtiments abandonnés. Le lieu principal dans lequel je voulais pénétrer était la fameuse maison jaune qui hébergeait, pendant la guerre, les snippers phalangistes dont parle Sorj Chalandon dans cette très belle scène où le narrateur rencontre Joseph Boutros, le frère de l’acteur qui doit jouer Créon. Cette fameuse « maison jaune » est, aujourd’hui, en pleine réhabilitation pour devenir un lieu de mémoire et de culture. Construite dans les années 20, elle était une des plus belles constructions beyrouthines où l’architecte avait imaginé un bâtiment traversé par la lumière. Ses innovations architecturales étaient devenues pendant la guerre des armes meurtrières qui permettaient aux snippers d’être totalement invisibles, cachés très loin des ouvertures sur la rue. Les explications de Gregory donnaient corps à mes fantasmes de lecteurs et parfois rendaient très étranges des parcours du narrateur dans la ville comme si, parfois, Sorj Chalandon décidait de travestir la topographie beyrouthine. Pourquoi ? Je cherchais des signes dans ces petites incohérences, convaincu que ce dernier laissait un indice.

Julien Bouffier - processus de création - décembre 2015
À consulter en ligne sur lequatriememurblog.wordpress.com

Adaptation

Séquence 5
La promesse

Tu n’as pas voulu que je vienne à l’hôpital. Tu attendais d’être libéré de ces canules. Alors, pendant trois mois, j’ai attendu ton appel. En janvier 1982, lorsque tu as compris que tu garderais tes sondes et tes perfusions jusqu’à la fin, tu as accepté que je passe la porte.
Je déteste l’hôpital. Son odeur, sa propreté, les regards déjà voilés de crêpe. C’est par la presse que j’avais apprise ta maladie. Dix représentations de La Résistible Ascension d’Arturo Ui, de Brecht, annulées après la Générale. Juste quelques lignes dans le journal, qui indiquaient la façon de se faire rembourser.
Tu ne m’avais rien dit.
Depuis trois ans, Tu partageais ta vie entre Paris et Beyrouth. Tu avais décidé de monter Antigone au Liban avec des acteurs chiites, sunnites, palestiniens, druzes et chrétiens. A tous, tu as juste dit que tu étais grec, metteur en scène et que tu souhaitais monter Antigone au Liban.
Tu étais seul dans la chambre. Tu parlais à voix basse. Tu respirais à peine. Tu avais perdu l’appétit. Tu avais maigri. A Beyrouth, tu étais suivi par le médecin de l’ambassade de Grèce.
A Paris, un ami cancérologue t’accompagnait. Tu n’étais plus opérable. Tu avais subi une chimiothérapie pour rien. Après le poumon, le foie était touché.
Je t’en voulais. Je m’en voulais aussi.
Tu m’avais donné ton adresse à Beyrouth, ton numéro de téléphone aussi, mais je ne t’avais jamais appelé. Tu existais. Pour moi c’était suffisant.  Je pensais que notre amitié se nourrissait de distance et je m’étais trompé. J’avais perdu trois ans de toi.
- Qu’est-ce que je peux faire pour toi  ?
- Beaucoup. Tu peux faire beaucoup.
Antigone va être joué à Beyrouth.
- Je sais.
- Ils n’ont pas encore répété mais tous se sont rencontrés une première fois.
Antigone est palestinienne et sunnite. Hémon, son fiancé, un druze du Chouf. Créon, roi de Thèbes et père d’Hémon, un maronite de Gemmayzé. Les trois chiites ont d’abord refusé de jouer les gardes, ils trouvaient les personnages insignifiants puis….
Le casting a duré deux ans.
Je me suis présenté comme grec. Je leur ai dit que je serais «  le Choeur  ».
Puis j’ai avoué que j’étais juif.
Alors il a fallu remplacer les chiites par trois autres. Et aussi la catholique, qui n’avait pas supporté cette révélation.
Tu vas monter Antigone.
- Pardon  ?
- Non, c’est moi qui te demande pardon. Je n’ai plus le temps ni la force. Le plus dur est fait. Tes personnages sont prêts, ils t’attendent.
- Mes personnages  ?
- Chaque acteur sait son texte. Il ne suffira que de quelques répétitions. Il n’y aura qu’une représentation en octobre. Il faut trouver une salle neutre, ni dans l’ouest de Beyrouth ni dans l’est. Sur la ligne de démarcation. Une ancienne école, un entrepôt, n’importe quoi. Un lieu qui parle de guerre, labouré de balles et d’éclats. Quatre murs ou seulement trois. Un toit ou non. J’ai visité un cinéma délabré qui me plait. Chaque communauté entrerait dans ce théâtre d’ombres par les deux côtés du front avec des chaises pliantes, des coussins, des bouteilles d’eau, des pistaches. Tous ensemble, rassemblés. Deux heures d’une soirée d’automne avec les combattants, crosse en l’air le temps d’un acte. Tu vois  ?
Tu vois les gravats, les trois portes peintes sur le mur grêlé  ? Le visage des spectateurs  ? Le cercle de lumière blanche  ? Les acteurs entrés en scène  ?
«  Voilà. Ces personnages vont vous jouer l’histoire d’Antigone. Antigone, c’est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien…  »
Tu les vois  ?  
Prends mon carnet de travail sur la table de nuit. Lis-le, complète-le, remplis-le. Ce sera ta feuille de route. Prends aussi la pochette de plastique, avec tout ce qu’il y a dedans. La prochaine fois, je te donnerai un disque et un cadeau pour l’actrice palestinienne.
Dis oui   ?
- Oui.
Je n’ai pas regretté tout de suite.      
Ni dans le couloir de l’hôpital. Ni dans la rue, respirant l’hiver à pleine vie.
Ni dans les escaliers, montant lentement vers la voix de ma fille.   
C’est face à mon mari que j’ai douté. Louise avait deux ans. Elle s’agrippait à ma jambe fragile. C’est à la porte de notre appartement que ma famille m’est apparue. A l’hôpital seul Samuel existait. Sa force, sa volonté. Lui et Antigone, son dernier combat.
Cette fois, il ne s’agissait pas de réciter trois répliques de théâtre dans une maison des jeunes, mais de s’élever contre une guerre générale. C’était sublime. C’était impensable, impossible, grotesque. Aller dans un pays de mort avec un nez de clown, rassembler dix peuples sans savoir qui est qui. Retrancher un soldat dans chaque camp pour jouer la paix. Faire monter cette armée sur scène. La diriger comme on mène un ballet. Demander à Créon, acteur chrétien, de condamner à mort Antigone, actrice palestinienne. Proposer à un chiite d’être le page d’un maronite. Tout cela n’avait aucun sens. Je le savais mais il fallait proposer l’inconcevable. Monter Antigone sur une ligne de feu allait prendre les combats de court. Ce serait tellement beau que les fusils se baisseraient.
Pour une heure  peut-être mais une heure de paix  !

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Le Quatrième Mur

Création franco-libanaise
Mise en scène Julien Bouffier
à partir du roman de Sorj Chalandon (Prix Goncourt des Lycéens 2013)
Création 2017

« Le quatrième mur, c’est ce qui empêche le comédien de baiser avec le public. Une façade imaginaire, que les acteurs construisent en bord de scène pour renforcer l’illusion. Une muraille qui protège leur personnage. Pour certains, un remède contre le trac. Pour d’autres, la frontière du réel. »
Sorj Chalandon

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+ Andy’s gone

Une libre évocation d’Antigone

Dans une salle commune, Régine, la reine du royaume, a réuni les habitants de la Cité pour les mettre à l’abri de la catastrophe climatique qui doit bientôt les toucher.
Appareillés d’un casque audio sans fil, les spectateurs sont les citoyens de cette Cité.

Allison, sa nièce et fille du précédent roi, est une adolescente qui semble penser que l’état d’urgence mis en place par Régine cache d’autres mystères.
Pendant une heure, nous assisterons à l’affrontement entre la raison d’état prôné par Régine face à la liberté et à la fraternité défendues par Allison : radicalité de la jeunesse face à l’acceptation du compromis par l’adulte.
Nous sommes déplacés dans notre position de spectateur, à la fois acteur et citoyen de cette fiction, ou nous aurons bien du mal à ne pas prendre parti dans ce dispositif de théâtre immersif. La réalité du lieu qui accueille le spectacle (sans aucun ajout pour le théâtraliser) est modifiée par les casques audio et grâce aux vidéos projetées qui nous transportent autre part et dans un autre temps.
L’auteure québécoise, Marie-Claude Verdier, a spécialement écrit ce texte pour la compagnie Adesso e sempre  qui, s’inspirant de la confrontation entre Créon et Antigone,  nous parle bel et bien d’une société dans laquelle chacun se retrouvera.
Le projet s’inscrit dans le dispositif du Conseil départemental de l’Hérault « Collèges en tournée ».

Texte Marie-Claude Verdier
Mise en scène Julien Bouffier
Interprètes Vanessa Liautey et Manon Petitpretz
Univers sonore Jean-Christophe Sirven
Administration-production Bruno Jacob Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Diffusion Claire Fournié 06 87 45 76 03 Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Durée : 1h
Tout public à partir de 14 ans

Production Compagnie Adesso e sempre. Dans le cadre du dispositif du Conseil départemental de l’Hérault Collèges en tournée. Coproduction SortieOuest, domaine départemental d'art et de culture de Bayssan - scène conventionnée pour les écritures contemporaines à Béziers. Co-réalisation : Festival Villeneuve en scène. Ce spectacle reçoit le soutien de Réseau en scène Languedoc-Roussillon. Adesso e sempre est subventionnée par le Ministère de la Culture / Drac Occitanie, la Région Occitanie, la Ville de Montpellier.

Tournée 2020-2021

• 12 novembre 2020, Cal du Clermontois, Clermont (60)
• 13-14 novembre 2020, Centre socio-culturel de Roye, Roye (80)
• 12-16 janvier 2021, Théâtre Dunois, Paris (75)
• 26-28 janvier 2021, Le Kiasma, Castelnau le Lez (34)
• 16-19 février 2021, Scène Nationale Le Tangram, Evry (91)
• 2 avril- 3 avril 2021, La Manekine, Pont Ste Maxence (60)
• 17-22 mai 2021, Scène Nationale l'Estive, Foix (09)

Tournée 2019-2020

• 12 octobre à 21h salle Marcel Oms à Alenya
• 5 novembre au Hammana Artist House (Liban)
• 8, 9 et 10 janvier à 20h : au Théâtre Jean Vilar à Montpellier 
• 16 et 17 janvier à 10h et 14h : espace Jean Legendre à Compiègne 
• 11 février à 10h et 14h30 dans les collèges de Oisemont et Airanes (80)
• 13 février à 10h et 14h30, 14 février à 14h30 et 19h au Palace à montataire (60) 
• 5 mars à 14h et 20h au collège « cité de la réussite » à Montpellier
• 6 mars à 10h au collège « cité de la réussite » à Montpellier
• 23 et 24 mars à 10h et 14h30, dans la salle du jeu de Paume du théâtre de l’Avre de Roye (80)
• 26 mars à 10h et 14h30 au Centre d’animation et de loisirs du Clermontois à Clermont de L’Oise (60)

Tournée 2018-2019

• Vendredi 12 octobre à 14h au lycée ITEC Boisfleury de Corenc et à 20h30 à La Faïencerie à La Tronche (38)
• Lundi 19 novembre au vendredi 30 novembre au Théâtre Molière-Sète, Scène nationale archipel de Thau - tournée dans les collèges Les 2 Pins, Jean Moulin, les Salins, Via 
Domitian et Paul Valéry (accès professionnel sur demande) dans le cadre de Collèges en tournée
• Jeudi 6 décembre à 14h et 20h à l’Espace Bernard Marie Koltès - Théâtre du Saulcy à Metz (57)
• Vendredi 7 décembre à 14h et 20h à l’Espace Bernard Marie Koltès - Théâtre du Saulcy à Metz (57)
• Samedi 8 décembre à 20h à l’Espace Bernard Marie Koltès - Théâtre du Saulcy à Metz (57) 
• Lundi 7 au dimanche 13 janvier avec ACTART’77
• Mardi 29 janvier à 10h et 14h30 à la médiathèque intercommunale du pays de Lunel (34) en partenariat avec les ATP de Lunel (34)
• Mardi 12 au samedi 16 février au Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines, scène nationale (78)
• Mardi 19 au vendredi 22 février au Tarmac, scène internationale francophone à Paris (75)
• Mercredi 20 février à 20h au Tarmac, scène internationale francophone à Paris (75)
• Jeudi 28 février à 14h30 et 20h45, vendredi 1er mars à 14h et à 20h45 à La Mannekine à Pont-Sainte-Maxence (60)
• Jeudi 14 mars à 10h et 14h30 au Festival TEK(A)RT TICKET, Création artistique et nouvelles technologies à Marmande (47)
• Vendredi 15 mars à 10h et 20h30 au Festival TEK(A)RT TICKET, Création artistique et nouvelles technologies à Marmande (47)
• Samedi 16 mars à 20h30 au Festival TEK(A)RT TICKET, Création artistique et nouvelles technologies à Marmande (47)
• Dimanche 17 mars (horaire à confirmer) au Festival TEK(A)RT TICKET, Création artistique et nouvelles technologies à Marmande (47)

Tournée 2017-2018

• Du 10 au 22 juillet 2017 à 19h (relâche le 14 juillet) au Festival Villeneuve en Scène (Avignon off)
• Du 20 au 25 novembre 2017 au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, scène nationale (78)
• 15 février 2018 à 14h30 et 20h au Périscope à Nîmes (34)
• 22 et 23 février 2018 à  La filature, scène nationale à Mulhouse (68) dans le cadre de La Filature au collège (68)
• 12 mars 2018 à la salle des fêtes de Remoulins (30)
• 7 avril 2018 au  Théâtre Gérard Philipe à Montpellier (34)

3 lectures du texte de Marie-Claude Verdier en 2016

• dans le cadre de Collèges en tournée, dispositif du Conseil départemental de l'Hérault, à l'issue d'une semaine de résidence en immersion dans un Collège de Béziers
• dans le cadre du festival Le Printemps des comédiens à Montpellier du 24 au 26 juin 2016
• au Tarmac, scène internationale francophone,  à  Paris du 27 au 29 juin 2016

Création 2016

• Lundi 14 novembre, 10h et 13h30, Collège Lucie Aubrac, Béziers
• Mardi 15 novembre, 13h40, Collège, Olonzac
• Mardi 15 novembre, 19h00, Aigues-vives, Salle des fêtes
• Jeudi 17 Novembre, 10h et 13h30, Collège Paul Riquet, Béziers
• Lundi 21 Novembre, 10h et 13h30, Collège Krafft, Béziers
• Mardi 22 novembre, 10h40, Collège, St-Chinian
• Mardi 22 novembre, 18h00, Collège Lucie Aubrac, Béziers, Salle polyvalente, Tout public
• Du 23 au 25 novembre, 20h, Montpellier, Salle A3, Tout public
• Vendredi 25 novembre, 10h30 et 14h, Collège J. Perrin, Béziers
• Dimanche 27 novembre, 16h00, Médiathèque, Béziers, L'œuf, Tout public
• Mardi 29 novembre, 15h, Collège Las Cazes, Montpellier
• Jeudi 1er décembre, 10h00, Montpellier Villeneuve-lès-Maguelone, Maison d’arrêt
• Vendredi 2 décembre, 14h, Roujan
• Vendredi 2 décembre, 21h00, Roujan, Salle du peuple,  Tout public

Transmission

L’histoire de la compagnie a basculé le jour où, après notre premier spectacle que nous avions donné au Théâtre de Clermont-l’Hérault, nous sommes allés dans une classe du collège du Salagou rencontrer des élèves. Quelques heures plus tard, je rencontrais Robin Bailey, le directeur du théâtre à l’époque, et lui demandais s’il était prêt à nous aider si nous nous installions dans l’Hérault.
Ce que nous avions traversé dans cette classe était exaltant. Je prenais conscience que mon désir intime de jouer, de créer et qui ne touchait à priori que moi, pouvait être partagé.
Je pouvais transmettre et donner du sens à ce que j’éprouvais.

Depuis, la compagnie n’a cessé d’orienter ces projets  autour de la question de la transmission. Dans le processus de création, nous intégrons  la plupart du temps l’adolescent. En particulier avec le projet Les Témoins où nous avons été en résidence dans une petite dizaine de lycées et où les élèves ont enrichi le spectacle grâce à leur réflexion.
Cette saison, nous bénéficions du dispositif Lycéen Tour pour une résidence au Lycée Loubatières d’Agde pour notre prochaine création à partir du roman de Sorj Chalandon, Le Quatrième Mur.

Il était alors évident de répondre de manière enthousiaste à votre sollicitation pour le dispositif « Collèges en tournée ». Votre proposition a fait naître la nécessité de prolonger notre prochaine création, Le Quatrième Mur (prix Goncourt des Lycéens 2013) par une forme dirigée vers les établissements scolaires. En effet, Le Quatrième Mur raconte l’histoire d’un homme qui fait le pari fou de vouloir mettre en scène l’Antigone d’Anouilh à Beyrouth avec des acteurs de confessions religieuses différentes pendant la guerre civile libanaise.
Loin de vouloir décliner notre future création, je voulais profiter de cette occasion pour me confronter plus profondément au drame d’Antigone, seulement un prétexte dans le roman de Sorj Chalandon, pour interroger le théâtre et le réel.

L’échange central de la pièce d’Anouilh entre Antigone et Créon me semblait être une magnifique matière sur la confrontation politique entre la radicalité et le consensus à partager avec des adolescents.
Radicalité de la jeunesse face à l’acceptation du compromis par l’adulte.

Dans le même temps, j’ai découvert une jeune autrice québécoise, Marie-Claude Verdier, grâce à ma participation au comité de lecture du Tarmac, Théâtre francophone international de Paris, et qui est d’ailleurs lauréate de leur dernier jury de sélection.
Ce qui m’a beaucoup touché dans son écriture, c’est d’une part, la liberté avec laquelle elle traite de sujets actuels (elle met souvent en scène des personnages adolescents) moins courante chez les écrivains français, n’hésitant pas à passer radicalement de situations très ancrées dans l’actualité à d’autres fantastiques. Sa langue, aussi, m’a beaucoup réjoui. Sans tabou, elle intègre toutes les influences qui la traversent. Elle n’hésite pas à utiliser l’anglais, le français ou le dialecte québécois que nous ne comprenons pas et qui nous apparaît alors comme une langue inventée.

J’ai alors décidé de lui proposer d’écrire spécialement pour ce projet, une adaptation contemporaine d’Antigone, axée sur l’antagonisme de Créon et d’Antigone et dirigée vers un public adolescent. Un échange passionnant entre elle et moi, d’un côté et de l’autre de l’Océan Atlantique, s’est institué où elle a rebondit au-delà de mes espérances à toutes mes intuitions et à mes désirs de mise en scène.

Altruisme

Le cadre que je définissais à ce projet était assez précis : tout se passe dans une salle de classe.
Les spectateurs sont invités à venir s’y réfugier par Régine (notre Créon). Il leur est distribué des casques audio sans fil qui les plongeront par la bande-son dans une autre réalité.
Ce dispositif immersif sera un moteur d’imaginaire qui suppléera à l’absence de décor. Plus exactement, la réalité de la salle de classe sera utilisée comme telle et s’ajoutera à la fable de la bande-son.
C’est alors qu’Alison (notre Antigone) fait intrusion dans la salle. La Cité est en état d’urgence entre catastrophe climatique et afflux de migrants. Comment le pouvoir peut et doit réagir ?
Comment le point de vue de la jeunesse, sa générosité et son innocence y répondent ?

J’ai préféré que le pouvoir soit incarné par une femme qui aurait pu être Antigone adolescente pour renforcer le questionnement central de notre projet, soit deux points de vues de personnes sociaux-culturellement similaires et dont l’âge est leur principale différence. Elles ont grandi ensemble, elles s’aiment. Régine n’est pas comme une mère mais plutôt comme une grande sœur pour Allison.

Nous voulions aussi que l’acte de rébellion d’Alison ne soit pas d’ordre privé, qu’il ne soit pas lié à son intérêt particulier comme dans la tragédie de Sophocle ou d’Anouilh mais que son refus de respecter la loi soit un acte altruiste.

Très vite, nous avons imaginé que la rebelle Alison serait une figure de « street artiste ». Elle se filmera et procèdera à des actions artistiques dans la ville du collège où nous jouerons. Elle montrera ses exploits par le biais de vidéo-projection dans la salle de classe au moment de la représentation. Des élèves pourront être associés à ce travail plastique en amont du spectacle.
Le personnage d’Andy évoque à la fois Hémon, la figure de l’amant suicidé d’Antigone et ses deux frères, Polynice et Etéocle. Il est le destin brisé de la jeunesse auquel Alison répond par un désir de vie amplifié.

Andy’s gone

Une libre évocation d’Antigone

Dans une salle commune, Régine, la reine du royaume, a réuni les habitants de la Cité pour les mettre à l’abri de la catastrophe climatique qui doit bientôt les toucher.
Appareillés d’un casque audio sans fil, les spectateurs sont les citoyens de cette Cité.

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+ L'Art du théâtre

De Pascal Rambert
Mise en scène Julien Bouffier
Création 2015

Un manifeste 

Pascal Rambert : « L’art du théâtre réclame que l’on jouisse. Il faut jouir. Il faut faire jouir. La vie est assommante. Il faut faire sortir les larmes. »
Alfred de Musset : « Ouvre-lui les entrailles ! Coupons-le par morceaux, et mangeons, mangeons ! J’en ai jusqu’au coude. Fouille dans la gorge. »

Pascal Rambert écrit une vraie fausse leçon de théâtre que donnerait un acteur à un chien. Pourquoi un chien ? Évidemment des expressions de théâtre nous reviennent : « Quel cabot cet acteur ! » et on connaît le pouvoir d’un animal sur un plateau, il aimante tous les regards. Il ne joue pas, il est juste là, ici et maintenant. Alors qui donne la leçon à qui ? Qui se confie sur la difficulté de renouveler chaque jour une présence du premier jour, du premier instant ? 
Qui demande à l’autre de l’attention ? Qui est le chien ? Y-a-t-il seulement un chien ? 
Cet acteur est loin d’être un débutant. Il a beaucoup joué mais ne se reconnaît plus dans la pratique dominante de son métier. Est-ce son aigreur qui alimente son ironie ou est-il le seul à percevoir que le théâtre est malade ? 
Alfred de Musset, au XIXème siècle, établit le même constat et décide de ne plus écrire du théâtre pour la scène. Son Lorenzaccio, en particulier, refuse les règles de la représentation théâtrale comme celles de la société. Des extraits sont joués par les deux interprètes autant pour leur valeur de miroir que de mise en jeu pour l’acteur de Rambert. Ainsi, nous avons une figure démultipliée allant du dandy romantique à celui contemporain « rambertien ». 

Une déclaration d’amour 

Cet acteur intransigeant utilise l’insolence pour mieux déployer sa quête d’absolu. La cible qu’il vise est plus large que celle du théâtre. Ou plutôt est-ce la portée qu’on assigne au Théâtre qui est plus étendue ? Le Théâtre qu’il défend est avant tout amour. Ce n’est pas un art de classe ni un plaisir onaniste. Jouer est un acte charnel. 
« L’art du théâtre réclame que l’on jouisse. Il faut jouir. Il faut faire jouir. La vie est assommante. Il faut faire sortir les larmes. » 
L’acteur de Pascal Rambert fait une déclaration d’amour au théâtre et au public. On oublierait même qu’il est acteur. Il nous apparaît comme un amant. Un amant délaissé. Cet amant malheureux dialogue avec un chien pour mieux encore percevoir sa solitude face au « meilleur ami de l’homme ». Le chien ne lui répondra pas, il le sait. Cette déclaration d’amour n’attend pas de réponse. 

Un théâtre adressé 

Une des premières questions que je remets en jeu à chaque projet, est, comment cette fois-ci, s’adresse-t-on au public ? Elle décide bien évidemment de la théâtralité que nous allons choisir. Elle est souvent l’enjeu pour moi de mon rapport à la tradition et donc à la modernité. La projection de la voix au théâtre empêche le plus souvent mon imaginaire de fonctionner. Quand je suis spectateur au théâtre, je peux parfois l’oublier  mais, en ce qui concerne mes spectacles, non. Très attaché au schéma d’identification produit par le cinéma, depuis de nombreuses années, je cherche mon chemin entre un théâtre sensible, onirique et une théâtralité assumée nous faisant basculer  à la réflexion le par choc de l’émotion. 
La présence de la voix amplifiée permet à l’acteur de n’exister que dans l’engagement physique. Le corps de l’acteur est ainsi bien présent et le filtre de la voix amplifiée brise la distance du cadre de scène. 
Je voudrais expérimenter aujourd’hui le rapport traditionnel de perception de la voix. Une voix, un corps qui nous regarde. Une frontalité assumée, sans masque qui éloigne tout spectaculaire. Je suis à la recherche d’un théâtre qui s’adresse à chacun de nous, sensible, introspectif et émancipateur. 
Avec l’acteur Alex Selmane, nous avons déjà traversé ensemble l’œuvre de Pascal Rambert (il était le Pascal du Début de l’A en 2003). Sa présence de chien fou exhale tout à la fois une violence sourde et une mélancolie désarmante. 

Entre surexposition et invisibilité 

Face au public, un rectangle blanc de la taille d’un cercueil posé au sol au centre du plateau. Une boîte-écran de cinquante centimètres de profondeur d’où dépasse à son sommet de la terre, du charbon. Du lointain, des planches conduisent jusqu’au toit de ce monolithe blanc de plus d’un mètre de haut. 
De cet espace en noir et blanc, passant de la lumière crue des néons à la noirceur de la pénombre, nous assistons au procédé photographique du développement, de la révélation chimique, mais le sujet est instable et l’image, difficile à fixer. L’acteur est toujours en déséquilibre, cherche le cadre, en quête d’appui dans un espace précaire.   
Alex Jacob, chanteur et guitariste du Skeleton Band, l’accompagne dans le jeu. Cet autre, habité par les mêmes doutes, n’est pas un double. Il est plutôt sa mise en abîme. 
Parfois l’acteur et le musicien interprètent ensemble des extraits de Lorenzaccio, ils associent leur solitude pour retrouver le sens de leur fonction, de leur rôle. La figure péremptoire de Lorenzo oscille entre une ironie très proche du personnage de l’Art du Théâtre et la dénonciation de la société dans laquelle il évolue. 
À « L’art du théâtre se transmet dans le sang. (…) Prends-moi mon sang. Avale mon sang. Rentre-toi mon sang dans toi. Refile le sang que je t’ai donné à un autre.» que prône l’acteur de Rambert, Musset, par la bouche de Lorenzo lui répond « Ouvre-lui les entrailles ! Coupons-le par morceaux, et mangeons, mangeons ! J’en ai jusqu’au coude. Fouille dans la gorge ». 
La superposition des deux œuvres, leur noirceur commune, cette animalité, leur sens de la provocation  révèlent le romantisme de l’écriture de Rambert dans une fougue revigorante. 
Alex Jacob nourrit le spectacle de son rock de fête foraine à la fois mystérieux et cabossé. Sa guitare électrique et son chant amplifié se confrontent à la voix nue d’Alex Selmane dans un combat où chacun provoque l’autre dans ses retranchements. 

Des images carbonisées 

Sur le plateau, une caméra filme l’acteur nous le donnant à voir alors qu’il nous est caché. Il connaît sa présence et il joue avec. C’est son métier de jouer avec les cadres. Cette caméra est fixe et offre un angle interdit au public, celui du lointain, de l’oubli de l’acteur, de son repli. 
S’ajoutent des images filmées antérieurement qui figurent le rapport aux éléments, qui relient les corps des interprètes en représentation (et donc fictionnels), à la nature, à la sève du réel. 
Cette image est très contrastée, en noir et blanc aussi. Elle a le grain d’une photographie sous exposée, charbonneuse, floue. Cette image consumée, carbonisée parle du feu passé, de nos entrailles, de nos motivations, de nos racines. 

Avec Alex Selmane et Alex Jacob

Mise en scène Julien Bouffier
Scénographie Emmanuelle Debeusscher et Julien Bouffier
Création musicale Alex Jacob
Vidéo Julien Bouffier
Lumières Christophe Mazet

Production en cours

Représentations

Création. Du 7 au 17 avril 2015, La Loge, Paris. Infos et réservation

SAISON 2015-2016
Le Périscope, Nîmes
Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine

L'Art du théâtre

De Pascal Rambert
Mise en scène Julien Bouffier
Création 2015

Un manifeste 

Pascal Rambert : « L’art du théâtre réclame que l’on jouisse. Il faut jouir. Il faut faire jouir. La vie est assommante. Il faut faire sortir les larmes. »
Alfred de Musset : « Ouvre-lui les entrailles ! Coupons-le par morceaux, et mangeons, mangeons ! J’en ai jusqu’au coude. Fouille dans la gorge. »

+ L'Art du théâtre

+ Le jour où j’ai acheté ton mépris au Virgin Megastore

De Julien Bouffier
Création 2014

Nos créations ont toujours des origines extrêmement métissées, rarement théâtrales. Non pas que le répertoire dramatique ne recèle pas des merveilles mais la provenance non-théâtrale des matériaux permet de toujours réinterroger le théâtre.

Dans le titre se confrontent deux références qui ont été fondatrices dans l’écriture de ce projet : le film de Godard sur le roman de Moravia, Le Mépris comme emblème d’un certain cinéma voulant réinventer ses règles de représentation du monde, et la liquidation du Virgin Megastore qui défraya la chronique en dévoilant des scènes de folie acheteuse de clients revenus au stade primaire de la possession.

Le mépris prend alors un double sens, ou s’attache à deux situations, celle du désamour du couple (la situation intime, individuel) et le sentiment plus large, quasiment sociétal, qui découle des relations humaines modernes et en particulier des relations professionnelles. L’un éclairant l’autre, sujet, moteur, conséquence de l’un vis à vis de l’autre. Le titre joue avec ce double sens, où l’on peut acheter autant un sentiment qu’un objet culturel dans un magasin.

Un ADN référencé et « multiculturel »

Et puisque le texte parle de la fabrication du cinéma, le spectateur pensera au film de Jean-Luc Godard et nous devrons provoquer notre imagination dans un travail de « refiguration » mettant en jeu notre capacité de spectateurs à se défaire du formatage que l’on voudrait nous imposer.
Le répertoire dramatique a été aussi une grande source d’inspiration et de repères. Le nom des personnages est emprunté à l’Échange de Claudel et le rôle de mise en abîme du Misanthrope est primordial. Sans oublier l’apport de Camille Laurens qui ajoute une voix intime à l’œuvre.

Une incarnation contemporaine

Le jour où j’ai acheté le Mépris au Virgin Megastore incarne une société en crise à travers l’histoire d’un couple. Faire référence dans le titre à cette entreprise de divertissement culturel qu’est le Virgin Megastore introduit clairement le climat social dans lequel l’histoire d’amour de Marthe et de Louis se développe.
L’étouffement du couple ne se cherche pas de raisons psychologiques. Il est le fruit d’un contexte. Leur scène primitive se passe le jour de la liquidation de cette enseigne marchande, temple de la consommation culturelle. L’événement de leur rencontre est alors masqué par la situation ; il est marqué au fer rouge de cette compulsion obscène de posséder. Ce n’est pas le début d’une passion banale mais celui d’une histoire d’amour naissante un jour de folie humaine contemporaine. Le jour où j’ai acheté le Mépris au Virgin Megastore met l’accent sur le poids du travail dans la vie de chacun et comment ce dernier est le moteur de notre construction et de notre relation aux autres.

Le miroir Misanthrope

Réintroduire du théâtre où on ne l’attend plus. Adapter pour la scène un film qui met en scène une pièce de théâtre.
Le Misanthrope est une pièce ambiguë qui permet des interprétations de traitement radicalement différentes véhiculant, chacune, des esthétiques variées. Au cours de l’histoire, beaucoup ont écrit de manière contradictoire sur Le Misanthrope, entre Rousseau qui considère Molière « inexcusable car il se moque des hommes vertueux », et Hugo pour qui Alceste est le premier et le plus radical des républicains. Dans Le jour où j’ai acheté le Mépris au Virgin Megastore, Thomas, l’industriel, producteur de cinéma, veut faire du Misanthrope un divertissement, Louis rêve d’une figure plus héroïque. Son Alceste, blessé par les injustices, veut conserver une vision noble du monde. Il préférera devenir un terroriste, redresseur de tord, plutôt que d’abandonner le monde à son sort. Louis restera le négatif d’Alceste n’osant jamais s’opposer au contexte dans lequel il évolue. Alceste, à la différence de Louis, comprend que sa relation amoureuse avec Célimène est révélatrice du dysfonctionnement de la société.

D’après nos souvenirs de spectateurs des films de Godard et d’Antonioni et du Misanthrope de Molière
Les chansons sont tirées des textes de Camille Laurens Cet absent-là, récit, Léo Scheer, 2004, et Ni toi ni moi, roman, P.O.L, 2006

Mise en scène Julien Bouffier
Avec Marc Baylet Delperier, Vanessa Liautey, Julien Guill, Alice David
Scénographie Emmanuelle Debeusscher, Julien Bouffier
Vidéo Laurent Rojol, Julien Bouffier
Musique Dimoné, Eric Guennou, Franck Rabeyrolles, Jean-Christophe Sirven
Lumières Christophe Mazet

Production Adesso e sempre
Coproduction Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine ; Théâtre de l’Onde, Vélizy-Villacoublay

Le jour où j’ai acheté ton mépris au Virgin Megastore

De Julien Bouffier
Création 2014

Nos créations ont toujours des origines extrêmement métissées, rarement théâtrales. Non pas que le répertoire dramatique ne recèle pas des merveilles mais la provenance non-théâtrale des matériaux permet de toujours réinterroger le théâtre.

Dans le titre se confrontent deux références qui ont été fondatrices dans l’écriture de ce projet : le film de Godard sur le roman de Moravia, Le Mépris comme emblème d’un certain cinéma voulant réinventer ses règles de représentation du monde, et la liquidation du Virgin Megastore qui défraya la chronique en dévoilant des scènes de folie acheteuse de clients revenus au stade primaire de la possession.

Le mépris prend alors un double sens, ou s’attache à deux situations, celle du désamour du couple (la situation intime, individuel) et le sentiment plus large, quasiment sociétal, qui découle des relations humaines modernes et en particulier des relations professionnelles. L’un éclairant l’autre, sujet, moteur, conséquence de l’un vis à vis de l’autre. Le titre joue avec ce double sens, où l’on peut acheter autant un sentiment qu’un objet culturel dans un magasin.

+ Le jour où j’ai acheté ton mépris au Virgin Megastore

+ Les Témoins

Un projet à épisodes de la cie Adesso e sempre
Commentant l’actualité d’octobre 2010 à octobre 2012
Dirigé par Julien Bouffier

La mise en espace du réel

Pour interroger le monde réel, pour le représenter, il faut réinterroger la représentation et son mode de préparation. Les murs du théâtre pouvant être aussi étroits que la feuille pour le journal, et l’écran pour l’actualité télévisée, Julien Bouffier désirait sortir du cadre conventionnel de la salle de spectacle et être, dès le début des répétitions,  dans le monde réel pour tenter de le traduire à partir de tous les matériaux accumulés dans une période de réflexion et de recherche précédant les répétitions, peut-être aussi les matériaux imprévus ou imprévisibles offerts par un lieu réel et que les comédiens s'approprient en cours de répétition.

Il était nécessaire de ne pas être à côté du réel mais en lui, dans une déclinaison du « vivre ensemble » : Fabriquer ensemble.

Le théâtre documentaire

L’événement brut existe, le théâtre a un droit de regard  mais il doit créer autre chose, un produit artistique qui informera mais aussi touchera le spectateur. Comment réussir cette équation compliquée pour cette pratique artistique dont l'essence même est la distance qu'elle entretient avec le réel. Comment peut-elle le montrer, le dire aussi directement que l'image filmée, qui, bien qu'elle soit elle-même une représentation puisqu'elle choisit ce qu'elle montre par son cadrage, nous parvient plus directement ? Comment les corps des acteurs peuvent-ils donner à voir la chair du monde, de ses blessures, de ses injustices, de ses joies, de son courage ?

Le travail de la compagnie a toujours tenté d'être un reflet de la société dans laquelle il évolue. En témoignent par exemple Les Yeux rouges ou Les Vivants et les morts. Mais avec ce projet, nous cherchons comment le théâtre peut rendre compte de l'actualité du monde, comment faire de lui  un média pour raconter le monde, une forme de théâtre qu'on pourrait nommer « documentaire ».

Quels témoins ?

Un témoin est une personne qui a vu (témoin oculaire) ou entendu (témoin auriculaire) quelque chose et peut attester de sa réalité. Le mot est employé en particulier dans le domaine de la justice, où il désigne une personne en présence de qui s’est accompli un fait important et qui apporte son témoignage sur lui pour éclairer la Justice. C’est enfin une personne qui assiste à un événement inattendu, un fait qui la frappe et qu’elle perçoit subjectivement, sans qu’elle soit forcément appelée à en témoigner… c’est-à-dire un spectateur. Ainsi dans ce spectacle, le spectateur est pris à témoin de ce qui se passe dans le monde. Il est témoin dans tous les sens du terme : il a vu ou entendu les événements de l’actualité par le réseau des médias, il prend conscience de ce qui arrive autour de lui et de la nécessité de témoigner, d’apporter sa pierre à la justice du monde, il est aussi le spectateur auquel d’autres témoins, Julien Bouffier et ses comédiens, présentent leur propre perception de l’événement. Enfin il existe un autre témoin : les images qui, par leur présence, leur insertion à des moments-clés, permettent de vérifier la réalité des faits. Le metteur en scène peut-il espérer vous passer le témoin ?

Les Témoins est un spectacle évolutif, dont nous avons montré des étapes de travail pendant les deux années de maturation. Le spectacle évolue avec l’actualité sociale, politique et internationale pour plonger le spectateur dans son présent.

Trois espaces de jeu simultanés

Trois espaces de jeu, connectés à la fois les uns aux autres et à l’extérieur (via la création d’un réseau wifi) jouent simultanément, rendant compte de différents points de vue sur une même réalité. Le spectateur n’assistera qu’à un seul de ces points de vue. Il oscillera ainsi entre la frustration de ne pas avoir tout vu et la conscience active de n’être le témoin que d’une partie de la réalité. La multiplicité des espaces de jeu et la participation active qui est demandé au public interroge le rôle du spectateur dont les codes de lecture et les pratiques culturelles ont évolué.

Premier espace : MANIFESTEment
La compagnie Adesso e Sempre

Cinquante spectateurs sont installés dans une serre blanche de 10m50 de long sur 4m50 d’ouverture, sur laquelle sont projetées, sur toute la longueur, des images vidéo. Quelques acteurs, à l’intérieur, avec le public, laissent croire que tout le spectacle se passera dans la serre mais très vite, elle s’ouvre et révèle à l’extérieur un espace de jeu bien plus grand. Ce petit théâtre de l’info laisse ainsi à chacun la possibilité d’apercevoir l’extérieur de ce cocon et de soi-même. Le monde n’est alors plus une image mais devient réel, concret.
Par la critique de l’illusion avec laquelle nous jouons, le spectateur assiste pourtant à une mise en spectacle de la réalité.

Deuxième espace : Burn out
Le monde du travail

Cinquante  spectateurs  munis de casques audio assisteront au spectacle à l’extérieur de la serre, comme en coulisses. Ils seront conduits par les acteurs/témoins/travailleurs qui communiqueront avec eux grâce aux casques audio  et ils déambuleront autour des deux serres, assistant de l’extérieur à ce qui s’y joue. Au fur et à mesure, il sera demandé à ce public déambulatoire de formaliser un espace à l’aide de marqueurs, fils ou éléments de décor. Ainsi l’espace, qui semblait n’être que la coulisse des deux serres au début du spectacle, devient un espace global à la fois concret et virtuel à l’image de notre société mondialisée.

Troisième espace : No Life
Le monde virtuel des réseaux sociaux

Cinquante spectateurs sont installés dans une serre noire de 10m50 de long sur 4m50 d’ouverture, eux aussi munis de casques audio. Autant la serre blanche est aérienne, autant pour la noire, nous travaillons sur la sensation d’enfermement. Il est demandé aux spectateurs, avant d’entrer dans l’espace, de garder leur smartphone allumé car ils devront s’en servir pendant le spectacle. L’intérieur de la serre ne sera éclairé que par une projection, sur une des parois de la serre, du bureau de l’ordinateur d’un des acteurs, présent avec le public.

Dans le cadre de la résidence au Théâtre Jean Vilar de la Ville de Montpellier

Avec Marc Baylet, Claire Engel, Vanessa Liautey, Fanny Rudelle, Nicolas Vallet

Scénographie Emmanuelle Debeusscher, Julien Bouffier
Vidéo Laurent Rojol
Musique Eric Guennou
Lumières Christophe Mazet
Régisseur général Vivien Sabot
Stagiaire Lena Edler von Braun

Production Compagnie Adesso e sempre
Coproduction Théâtre Jean Vilar de la Ville de Montpellier et Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine
Avec l'aide à la production du Dicréam
Avec l'aide à la production du Conseil général du Val de Marne
Avec le soutien de la Spedidam - La SPEDIDAM est une société de perception et de distribution qui gère les droits des artistes-interprètes en matière d'enregistrement, de diffusion et de réutilisation des prestations enregistrées

+ + Blog de la création

Les Témoins

Un projet à épisodes de la cie Adesso e sempre
Commentant l’actualité d’octobre 2010 à octobre 2012
Dirigé par Julien Bouffier

La mise en espace du réel

Pour interroger le monde réel, pour le représenter, il faut réinterroger la représentation et son mode de préparation. Les murs du théâtre pouvant être aussi étroits que la feuille pour le journal, et l’écran pour l’actualité télévisée, Julien Bouffier désirait sortir du cadre conventionnel de la salle de spectacle et être, dès le début des répétitions, dans le monde réel pour tenter de le traduire à partir de tous les matériaux accumulés dans une période de réflexion et de recherche précédant les répétitions, peut-être aussi les matériaux imprévus ou imprévisibles offerts par un lieu réel et que les comédiens s'approprient en cours de répétition.

Il était nécessaire de ne pas être à côté du réel mais en lui, dans une déclinaison du « vivre ensemble » : Fabriquer ensemble.

+ Les Témoins

+ Épreuves

Projet de Julien Bouffier / cie Adesso e sempre
Avec Le Skeleton Band et Vanessa Liautey

Épreuves raconte, à partir de témoignages de journalistes, d’interviews que nous avons réalisées, le parcours d’une photoreporter.
Épreuves reprend le questionnement de Sans blessure apparente, le livre d’enquêtes de Jean-Paul Mari. Quel est le prix que paient ces journalistes pour informer ? Comment témoigner, faire son métier, d’un côté, et vivre sa vie, de l’autre ?

Corentin Fohlen, photographe associé au festival Hybrides 2012 (Montpellier), est l’auteur de tous les reportages photographiques du spectacle. Un « docu-concert » mis en musique et joué en direct par Le Skeleton Band (révélation du Printemps de Bourges 2012) et Vanessa Liautey.

Comment témoigner, faire son métier, d’un coté, et vivre sa vie d’homme, de l’autre ?

Dans le spectacle que nous préparons pour l’automne prochain, Les Témoins, sur le rapport Théâtre / Actualité, nous rencontrons depuis deux ans des photoreporters que nous interviewons. Petit а petit m’est venu le désir de raconter leur histoire.

Épreuves reprend le questionnement de Sans blessure apparente, le livre d’enquêtes de Jean-Paul Mari, qui s’intéresse aux journalistes qui ne se relèvent pas de reportages traumatisants qu’ils ont pu entreprendre. Quel est le prix que payent ces journalistes pour informer ? Comment témoigner, faire son métier, d’un coté, et vivre sa vie d’homme, de l’autre ? Le témoin peut-il rentrer chez lui et faire comme si de rien n’était ?

A partir des témoignages que nous avons recueillis et а l’aide de leurs photos, nous donnons а entendre leur regard sur le monde.
Pour rendre l’émotion immédiate ressentie par leurs photographies, je voulais une forme simple, évidente. Un concert.

En choisissant de travailler avec le groupe de blues-rock Le Skeleton Band, je décidais d’utiliser la musique pour exprimer, par le sensible, les situations auxquelles ces photographes sont confrontés. Le Skeleton Band met en musique l’histoire de cette photoreporter jouée et chantée par l’actrice Vanessa Liautey. Leur blues dégingandé, décharné, donne aux photos de nos reporters une puissance inattendue. Un spectacle total qui nous emmènera ailleurs pour mieux découvrir des histoires humaines racontées en images et en musique.

Julien Bouffier

Le projet Épreuves est une étape de plus dans notre souhait de rencontre avec d’autres arts.

Nous  avons joué à plusieurs reprises des projets confrontant les arts : un ciné-concert (Le Cabinet du Docteur Caligari), un bd concert (Le Skeleton Band désosse Cinéma Panopticum) ou la mise en musique d’une nouvelle (John de Vauvert de Natyot).

Dans ces créations nous allions à la rencontre d’un art en particulier ; Le Skeleton Band restait l’élément central du spectacle.
Avec Épreuves l’enjeu est autre. Il s’agit pour le groupe d’être un élément parmi d’autres au service du projet.
Une parole de reporter est porté à la scène. Des photos sont projetées.
Quelles variations musicales proposer sur cette matière ?
Tel est le questionnement qui nous anime sur cette création. Ce rôle est nouveau pour  Le Skeleton Band : accompagner d’autres matériaux, jouer avec, les contrer. Parfois tordre, désosser le ou les sens.
Notre intervention peut créer un espace intermédiaire que la parole et l’image peuvent investir.
L’enjeu du projet nous interpelle : la résonance des arts comme relecture de l’actualité.

Le Skeleton Band

Avec Le Skeleton Band et Vanessa Liautey

Production Adesso e sempre
Avec l'aide à la diffusion de Montpellier Agglomération

Épreuves

Projet de Julien Bouffier / cie Adesso e sempre
Avec Le Skeleton Band et Vanessa Liautey

Épreuves raconte, à partir de témoignages de journalistes, d’interviews que nous avons réalisées, le parcours d’une photoreporter.
Épreuves reprend le questionnement de Sans blessure apparente, le livre d’enquêtes de Jean-Paul Mari. Quel est le prix que paient ces journalistes pour informer ? Comment témoigner, faire son métier, d’un côté, et vivre sa vie, de l’autre ?

Corentin Fohlen, photographe associé au festival Hybrides 2012 (Montpellier), est l’auteur de tous les reportages photographiques du spectacle. Un « docu-concert » mis en musique et joué en direct par Le Skeleton Band (révélation du Printemps de Bourges 2012) et Vanessa Liautey.

+ Épreuves

Costa le Rouge

De Sylvain Levey
Mise en scène Julien Bouffier
Création 2011

Costa est un enfant qui passe beaucoup de temps avec son grand-père. Il aime l’écouter lui raconter ses histoires de pionniers, de commencements, de « comment c’était avant ». Lorsque Papé disparaît, Costa décide de prendre le relais...

A travers cette fable intime, c’est du monde que Sylvain Levey nous parle, la transformation d’une société, d’un territoire, où le béton investit nos vies. Il avait été commandé à Sylvain Levey un texte qui s’ancrait dans la Seine- Saint-Denis et il a répondu par une œuvre universelle.

+ Costa le Rouge

+ Costa le Rouge

De Sylvain Levey
Mise en scène Julien Bouffier
Création 2011

Costa est un enfant qui passe beaucoup de temps avec son grand-père. Il aime l’écouter lui raconter ses histoires de pionniers, de commencements, de « comment c’était avant ». Lorsque Papé disparaît, Costa décide de prendre le relais...

A travers cette fable intime, c’est du monde que Sylvain Levey nous parle, la transformation d’une société, d’un territoire, où le béton investit nos vies. Il avait été commandé à Sylvain Levey un texte qui s’ancrait dans la Seine- Saint-Denis et il a répondu par une œuvre universelle.

Raconte-moi une histoire

Costa est un enfant qui passe beaucoup de temps avec son grand-père. Il aime l’écouter lui raconter ses histoires de pionniers, de commencements, de « comment c’était avant ».
Papé transmet ainsi à son petit-fils les valeurs qui lui ont permis de rester debout pour affronter ce monde qui marche sur la tête et qu’il est sur le point de quitter. La figure du Papé n’est pas seulement garante de l’histoire d’une vie, d’une société, elle est aussi celle qui nourrit l’imaginaire. Mais que restera-t-il de cette mémoire orale lorsque Papé sera parti ?
Papé pourrait être cet acteur agonisant du Chant du Cygne de Tchekhov qui ne différencie plus ses histoires de théâtre et le réel. Il est à lui seul le théâtre entre conte et documentaire.
C’est évidemment cela que je veux raconter : comment un enfant se construit-il dans un monde où le virtuel est tous les jours plus fascinant et le réel toujours plus âpre ?
Est-ce que le théâtre, la télé, les jeux vidéos peuvent aider l’enfant à réagir, à s’investir physiquement dans le monde ?

« Quel est l'être qui marche sur quatre pattes au matin, sur deux à midi et sur trois le soir ? »

L’énigme du sphinx posée à Œdipe...

Être un homme est le travail d’une vie. Sylvain Levey nous propose trois points de vue : l’enfant, le père et celui qui a la plus grande partie de sa vie derrière lui.
Quitter le monde, mourir, demande au Papé de réussir à mettre un point final à tout ce qu’il a entrepris, à s’expliquer, à pardonner. Une fois son grand-père disparu, Costa va devoir apprendre à grandir seul, son père étant trop occupé à travailler pour vivre.
Ce père qui perd le sien, ce père qui a perdu son guide doit pourtant continuer à conduire son fils, Costa mais PA, le père, a un contentieux avec Pape qu’il n’a pas réglé. Il n’a pas réussi à défendre les valeurs que son père portait. Il a baissé les bras comme de nombreux adultes confrontés à un sombre quotidien.
Comment ce père peut alors transmettre à son fils les valeurs que lui-même a préféré oublier pour continuer à se regarder en face ?
Et c’est ici que le texte de Sylvain Levey rejette tout défaitisme, toute noirceur car Costa, entre sa naïveté d’enfant et le monde imaginaire que son Papé lui a légué, prend la vie à bras le corps. Il a faim d’aventures, de découvertes et d’humanité.

Nous n’avons rien à perdre, qu’un monde à gagner

A travers cette fable intime, c’est du monde que Sylvain Levey nous parle, la transformation d’une société, d’un territoire, où le béton investit nos vies. Il avait été commandé à Sylvain Levey un texte qui s’ancrait dans la Seine- Saint-Denis et il a répondu par une œuvre universelle. En effet, loin de s’enfermer dans une régionalisation, Il réussit à parler des énergies qui sous-tendent ce territoire, et qui font échos à toute notre société. Qui peut dire qu’il n’existe pas où il habite des problèmes de transmissions, d’identités ?
Quand Sylvain Levey nous raconte l’histoire de Papé, c’est celle d’un espace de vie qui se rétrécit. Ce paysan qui vient travailler la terre, s’installe dans une maison qui sera détruite pour construire un immeuble et finit par emménager chez son fils.
Un écran/boîte fait face au public, à la fois façade d’immeuble, chambre de Costa et diaphragme d’appareil photographique qui emporte notre regard vers des contrées plus lointaines. Comme tout habitant d’immeubles, nous avons la tentation de regarder chez le voisin ce qui s’y passe. C’est cette position de voyeur que nous proposons au public sauf qu’ici nous entendrons ce qu’ils se disent. Nous serons chez eux et en même temps à notre place de spectateur conscient du monde qui nous réunit et avide d’histoires pour nourrir nos imaginaires.

Scénographie Emmanuelle Debeusscher
Lumières Christophe Mazet
Vidéo Laurent Rojol et JB
Univers sonore Eric Guennou

Avec Rachid Akbal, Jean-Claude Fall et Nicolas Vallet

Production Compagnie Adesso e sempre
Avec le soutien de La Région Languedoc-Roussillon et le Département de la Seine-Saint-Denis
Coproduction Espace 1789 de Saint-Ouen - Espace Jacques Prévert d’Aulnay-sous-Bois - Le Forum /scène conventionnée de Blanc-Mesnil - Le Théâtre des Bergeries de Noisy-le-Sec - Ville de Pantin - Théâtre Jean Vilar de Montpellier

+ Hiroshima mon amour

D'après le roman de Marguerite Duras
Adaptation et mise en scène Julien Bouffier
Création 2009-10

Marguerite Duras nous raconte la rencontre d’une française et d’un japonais sur les cendres d’une civilisation anéantie par la bombe atomique. Des amants, étrangers l’un à l’autre.

Dans sa nouvelle création, Julien Bouffier décontextualise le texte en imaginant un Hiroshima légendaire, somme des territoires endeuillés par les conflits destructeurs de civilisations. Un plateau de théâtre ouvert aux quatre vents du réel, riche de toutes ses mémoires. La troupe parcourra le monde à l’écoute de chacun pour constituer ce nouvel Hiroshima.

1959. Hiroshima

Une comédienne française qui tourne un film sur la paix et un japonais se rencontrent et s’aiment. A chacun son passé. Lui, c’est Hiroshima, l’anéantissement de la bombe atomique. A cet inconnu, elle confie son secret - son amour de jeunesse pour un soldat allemand tué à la libération.

Lui - Et pourquoi voulais-tu tout voir à Hiroshima ?

Elle - Ça m’intéressait. J’ai mon idée là-dessus. Par exemple, tu vois, de bien regarder, je crois que ça s’apprend.

L’Autre

Qui serait aujourd’hui « le Japonais » de Duras ? Qui serait cet ancien ennemi, cet étranger du bout du monde ? Serait-il le même d’où que nous soyons ? Qui, dans notre société mondialisée est notre étranger ?
Mais chaque histoire d’amour est-elle une nouvelle histoire ou le recommencement d’une précédente ? Rencontre-t-on vraiment l’autre ou projetons-nous sur lui nos désirs ?

La Peau

C’est une rencontre charnelle et non pas mentale à laquelle nous invite Duras. Des corps, des peaux, qui s’embrassent, se touchent, se caressent, brûlent.
Rencontrer l’autre, c’est accepter un corps étranger, enfermé dans son « sac de peau ».

Le film est aussi une peau sur laquelle s’inscrivent des images. Une peau perméable à nos regards de spectateur, une peau dans laquelle nous pénétrons mentalement.

Création au Théâtre des Treize Vents, CDN de Montpellier L-R, du 13 au 24 octobre 2009

Avec Vanessa Liautey, Ramzi Choukair, Dimoné

Scénographie Emmanuelle Debeusscher et JB
Création vidéo Laurent Rojol et JB
Création lumière Christophe Mazet
Musique Dimoné
Costumes Marie Delphin
Travail chorégraphique Hélène Cathala
Univers sonore Eric Guennou

Production Adesso e sempre
Coproduction Théâtre des Treize Vents, CDN de Montpellier L-R

+ + Le blog de HMA

Hiroshima mon amour

D'après le roman de Marguerite Duras
Adaptation et mise en scène Julien Bouffier
Création 2009-10

Marguerite Duras nous raconte la rencontre d’une française et d’un japonais sur les cendres d’une civilisation anéantie par la bombe atomique. Des amants, étrangers l’un à l’autre.

Dans sa nouvelle création, Julien Bouffier décontextualise le texte en imaginant un Hiroshima légendaire, somme des territoires endeuillés par les conflits destructeurs de civilisations. Un plateau de théâtre ouvert aux quatre vents du réel, riche de toutes ses mémoires. La troupe parcourra le monde à l’écoute de chacun pour constituer ce nouvel Hiroshima.

+ Hiroshima mon amour

+ + Presse

Les Vivants et les Morts

Midi Libre, 18 novembre 2007

France Culture, chronique du lundi 19 novembre 2007

Ca commence par un générique vidéo. " Les vivants et les morts ". Saison 1. Épisode 1. On est à Montpellier dans la salle obscure des Treize Vents, la scène dramatique nationale de la ville. Julien Bouffier adapte le roman fleuve de Gérard Mordillat au théâtre. Radiographie d’une crise ouvrière du 21e, le livre juxtapose l’intime et le collectif. Et oppose la force des élans solidaires à la logique spéculative et aveugle de l’argent. Amour, bébé, boulot, nuits blanches et maison à crédit, on suit la vie quotidienne de Rudy et Dallas, et de plusieurs familles ouvrières dans une petite ville de l’Est de la France. En simultané, on assiste à leur combat contre les licenciements et la mise à mort de leur usine. D’un côté l’organisation de la survie entre unisson et division, de l’autre les manœuvres sans états d’âme des actionnaires installés en Allemagne.
Pour raconter cette foisonnante fresque sociale baignant en plein libéralisme mondialisé, le metteur en scène a enfermé comédiens et musiciens entre les murs d’une grande maison transparente. Espace privé et vie à l’usine se confondent, de même que sentiments et combat militant. Il faudra que la révolte s’engage pour que les portes s’ouvrent, et que les personnages commencent à sortir. Pièce charnelle et émotionnelle qui se filme en train de se jouer, Les vivants et les morts n’ont pas froid aux yeux. Quatre heures d’action mouvementée pour éprouver la durée d’une lutte inégale, dix comédiens dont la voix est amplifiée et le corps chorégraphié. Et en live, le rock atmosphérique du groupe Absinthe Provisoire qui bat la mesure du conflit.
A 36 ans, Julien Bouffier signe la plus cinématographique de ses créations théâtrales. Il place un mur vidéo inhabituel entre les acteurs et le public, sur lequel défile la diversité des visages et des consciences impliqués dans la crise. Et quand l’humain est à la merci du capital, il va jusqu’à faire disparaître les comédiens du plateau pour laisser la tragédie se dénouer à l’écran. Gérard Mordillat qui prépare lui-même l’adaptation de son livre pour France 2 est dans la salle. Il ressort emballé par cette inventive et audacieuse version de son roman. " Les vivants et les morts ", c’est jusqu’au 23 novembre au CDN de Montpellier. Avant de retrouver, même lieu, même troupe, la saison 2 en décembre 2008.

Anne Leray – L’Hérault du Jour

L’Hérault du Jour,  20 novembre 2007

La Tribune, 21 novembre 2007

France Culture,  « Comme au théâtre » du 8 décembre 2008

Ça bouge sur les scènes

Comme au théâtre spécial jeunes créateurs ce soir. Alors que nous regrettions la semaine passée la frilosité des spectacles proposés en ce début de saison, la semaine écoulée vient de nous prouver que le théâtre n'est jamais prévisible. La preuve en a été faite à Montpellier où Julien Bouffier, metteur en scène, adapte et met en scène Les vivants et les morts, de Gérard Mordillat. Un texte fleuve ancré dans le réel et qu'il a décidé de traiter dans la longueur. 8 heures de représentation attendent donc le public qui, grâce au spectacle, pénètre les rouages d'une crise sociale qui lamine les individus. Comme chez Michel Vinaver, avec sa pièce Par-dessus bord, proposée la saison dernière à la Colline dans la mise en scène de Christian Schiaretti, comme chez Brecht et sa Sainte Jeanne des Abattoirs que Bernard Sobel a récemment montée à la MC 93 de Bobigny, l'histoire est celle d'une entreprise qui s'effondre, et le destin des hommes et femmes qui subissent de plein fouet les conséquences de cette faillite. Propos social et réaliste, propos d'actualité, que le théâtre suit décidément de près. Mais ce qui attend surtout le spectateur face au travail de Julien Bouffier, c'est une aventure artistique originale, qui tente de mener le théâtre aux confins de lui-même. Une tentative d'hybridation entre théâtre et cinéma, théâtre et série télé américaine, théâtre et image. Une tentative de théâtre total également qui en passe par la musique en live et la chorégraphie. Une aventure évolutive qui franchit tous les codes de la représentation avant de revenir à l'essence de l'art : un texte, des acteurs et le face à face nu avec le public. En 8 h de représentation, Julien Bouffier accomplit un chemin épique dans les formes que peut prendre le spectacle vivant du 21ème siècle et c'est cela, avant tout, qui fait la force de sa proposition. Rendez-vous avec ce metteur en scène talentueux aux alentours de 21 h 20. Avant cela, nous resterons à Paris, au théâtre de l'Est Parisien, où Olivier Werner, jeune acteur metteur en scène s'est glissé dans la peau d'Elvis Presley, via un texte de l'auteur Serge Valletti, Saint Elvis. Un projet qui s'inscrit aux antipodes du projet Bouffier. Ici, la proximité, la brièveté et l'économie sont de mise. Trois acteurs. 1h20 de spectacle. Une plongée dans l'imaginaire d'un auteur sur les traces d'un mythe. Olivier Werner est plus vrai que vrai dans la peau d'Elvis Presley. Dommage qu'il ne puisse, devant nos micros, danser comme la rock star...il le fait très bien sur la scène. Saint Elvis, c'est aussi l'arrivée au Théâtre de l'Est Parisien, de la Comédie de Valence, qui va investir, en invité, les lieux pour de longs mois de programmation. On en parle dans quelques minutes. A 21 h 50, ce sera le billet de notre camarade Jean-Loup Rivière suivi de l'agenda des spectacles à voir et du coup de téléphone en province. Ce soir, Patrick Beaumont, depuis Lille, nous parlera du Festival NEXT qui se déroule à Villeneuve d'Asq.

J. Gayot

Article sur France Culture

France Info, Claire Baudéan, 13 décembre 2008

L’Humanité, 5 janvier 2008

Les Lettres françaises
Paroles ouvrières

La classe ouvrière n’existe plus, paraît-il. La lutte des classes, faute de combattants, non plus. Nous voici donc tous engagés, dans le même élan, sur la glorieuse voie du paradis libéral. Sans doute est-ce un peu trop beau pour être vrai. Des livres, des spectacles, des films ont d’ailleurs le mauvais goût de nous rappeler régulièrement qu’il n’en est rien. Parmi ces oeuvres, le roman de Gérard Mordillat paru en 2004, les Vivants et les Morts, occupe par sa haute qualité une place de choix. Il y est question de la fermeture - du « bradage » - d’une usine de fibre plastique dans une petite ville de notre beau pays. Rien que de très banal, que de très courant, aussi hélas, me direz-vous. Sauf que le roman de Mordillat, une admirable polyphonie, brasse avec bonheur les vies des travailleurs de l’usine, en de très courtes séquences syncopées, mêle le quotidien de ces hommes et de ces femmes au politique, démonte avec clarté les mécanismes menant à l’inéluctable fermeture de l’usine, met au jour les petites magouilles des uns et des autres, mêle l’intime à l’universel. C’est un livre de chair et de sang écrit au présent de l’indicatif, qui nous embarque corps et âme dans son histoire sans que nous puissions nous en extraire, sans que nous en ayons d’ailleurs la moindre envie, car il est bien question de la vie, de la nôtre peut-être aussi, avec ses bonheurs et ses peines, ses petitesses et ses grandeurs dans leurs subtils entremêlements.
« Ce n’est pas parce que les usines ferment les unes après les autres, parce qu’on n’appelle plus "ouvriers" ceux qui travaillent ni "patrons" ceux qui les exploitent, que la lutte des classes a disparu », est-il clairement dit à quelques pages de la fin du roman dont les tout derniers mots sont : « Ils endurent. »
L’un des mérites de Gérard Mordillat dans ce roman est d’avoir su trouver une langue (et une forme), superbe, simple, nerveuse, imagée, celle-là même qui, dit-il, le rattache à la classe ouvrière.

C’est dans cette langue que le jeune, mais déjà apprécié, metteur en scène Julien Bouffier et son équipe Adesso e sempre, actuellement en début de résidence au CDN des Treize Vents à Montpellier, mordent à pleines dents. Associés avec le CDN (Jean-Claude Fall, le directeur, fait partie avec Fanny Rudelle et Christel Touret de la distribution), Bouffier et ses camarades se sont lancés à corps perdus dans l’aventure de l’adaptation du roman de Mordillat à la scène. Une gageure relevée avec un aplomb - l’inconscience de la jeunesse ? -, une fougue extraordinaire. Comment, en effet, rendre compte sur un plateau de théâtre des 800 pages du roman sans les trahir ? Comment éviter le piège de la redondance, de la simple et plate illustration ? Certes le livre de Mordillat contient nombre de dialogues eux aussi percutants, sauf que l’on sait pertinemment que cela ne fait pas forcément de bonnes répliques de théâtre…, mais surtout comment trouver l’équivalent scénique d’une parole et d’une forme romanesques ? Réponses ou plutôt propositions de réponses sur le plateau. En effet, à l’instar de Jacques Delcuvellerie qui, pour parler du génocide au Rwanda (Rwanda 94) - comment en parler ? - avait, en cinq séquences, avancé cinq propositions théâtrales (du simple témoignage d’une rescapée du génocide à un oratorio, en passant par une simple conférence), Julien Bouffier nous soumet plusieurs formes spectaculaires pour nous ouvrir au roman de Gérard Mordillat. De l’utilisation très particulière et fort pertinente (c’est au théâtre assez rare pour être noté) de l’image vidéo à la proposition musicale - le groupe Absinthe (Provisoire) est présent sur scène -, en passant par des épisodes chorégraphiés ou tout simplement joués de manière « traditionnelle », Julien Bouffier et ses camarades récitent toutes les gammes théâtrales en les mixant habilement. Ils parviennent dès lors durant les quatre premières heures du spectacle (quatre autres sont prévues dès la fin mars à Cavaillon, les huit heures seront ensuite proposées au Théâtre des Treize Vents la saison prochaine) à saisir dans les mailles de leurs filets la substantifique moelle du roman de Mordillat. Un roman et un spectacle « romanesques » à souhait (pourquoi s’en priverait-on ?) et qui vous tiennent à la gorge. On remarquera à ce propos le fort retour du romanesque au théâtre, de l’intime étroitement lié aux grandes et troubles affaires du monde : il ne faut pas chercher ailleurs l’immense succès d’un Wajdi Mouawad, notamment auprès des jeunes générations. Bouffier est engagé sur cette voie. Il y ajoute toutes les technologies modernes (aussi bien pour ce qui concerne le son que l’image ; Julien Bouffier est marqué par le cinéma - Gérard Mordillat, lui, est également réalisateur et son livre nous le rappelle à maints égards) et s’engage de manière plus ostentatoire sur le politique ; n’a-t-il pas, juste avant les Vivants et les Morts, dernier volet d’un triptyque sur le monde du travail, remis à l’honneur les Yeux rouges de Dominique Féret qui évoque l’affaire Lip ?
C’est une même énergie qui anime, Olivier Luppens et Vanessa Liautey en tête, l’ensemble de la troupe, qui porte, c’est véritablement le terme, cette parole de lutte pour la dignité plus que jamais nécessaire par les sales temps qui courent.
Ce n’est en effet pas un simple hasard si nombre de jeunes compagnies théâtrales, tout comme nombre d’auteurs, commencent à aller y voir du côté du monde du travail, des entreprises, se penchent à la fois sur le passé des luttes ouvrières (de la lutte des classes en un mot), pour en venir au présent, l’analyser, le décrire et… le dénoncer. Port du casque obligatoire - le titre parle de lui-même -, de Klara Vidic, dans une mise en scène de Fred Cacheux, vient de se donner au Théâtre de l’Aquarium à Paris, Un conte mineur, tout premier spectacle (mêlant acteurs et marionnettes) de la compagnie Chat ! foin relate la grève des mineurs dans le Yorkshire en 1984, sous Thatcher, et doit être créé en février prochain. Encore ne sont-ce là que deux exemples presque pris au hasard d’une production qui commence à être abondante sur le sujet. Ce n’est pas un hasard non plus si on commence à voir des universitaires travailler la question - citons en particulier Olivier Neveux, auteur de Théâtres en lutte et, avec Christian Biet, d’une Histoire du spectacle militant (1) qui, malheureusement, s’arrêtent à l’histoire théâtrale des années quatre-vingt.
La nouveauté c’est que tous ces spectacles tentent délibérément de se démarquer d’un réalisme trop prégnant qui fut de mise dans les années quatre-vingt-dix. À cet égard, la Misère du monde, du sociologue Pierre Bourdieu, paru en 1993 aura fait d’immenses dégâts au… théâtre, malgré les claires mises en garde de l’auteur. Les paroles des hommes et des femmes interviewés n’ayant rien de théâtral. Mais rien n’y fit. La caution de la véracité tenant lieu de garant esthétique comme dans beaucoup d’autres tentatives encore moins intéressantes (jeunes des banlieues que l’on fit monter sur scène pour faire vrai, auteurs adoptant un faux langage populaire, montages à partir d’entretiens, etc.). Il ne suffit plus désormais d’exposer la vie d’hommes et femmes en difficulté telle quelle, encore faut-il trouver la forme adéquate pour le faire. Ce qui fut d’ailleurs le credo d’un certain théâtre dans les années soixante-dix, et notamment celui du théâtre dit du quotidien.
C’est à cette mouvance dont il est l’un des représentants les plus marquants au même titre qu’un Michel Deutsch ou un Jean-Paul Wenzel (Loin d’Hagondange, mis en scène par Patrice Chéreau en 1977, a marqué notre histoire du théâtre), qu’appartient l’Allemand Franz-Xaver Kroetz, dont Benoît Lambert présente aujourd’hui Meilleurs souvenirs de Grado. On rappellera au passage que ce choix n’est pas tout à fait fortuit, et que depuis nombre d’années déjà Benoît Lambert tourne autour de la question du Bonheur d’être rouge, proposant dans des petits spectacles joyeusement déjantés ses souvenirs d’enfant auprès de militants politiques. Ça ira quand même, un collage de textes, ou Pour ou contre un monde meilleur disent clairement vers où se portent ses pôles de réflexion.
Le théâtre de Kroetz ne délivre aucun message, ne prétend à aucune démonstration ou à aucun engagement directement politique. Il n’est ainsi question dans ces Meilleurs souvenirs de Grado que de l’histoire d’un couple d’ouvriers ou de petits employés qui viennent passer quelques jours dans la petite station balnéaire italienne de Grado. Neuf séquences - ici aussi on joue de la fragmentation - pour dire le quotidien ni violent, ni revendicatif, de ce couple parmi tant d’autres. Et pourtant, derrière la banalité des situations, des paroles échangées entre Anna et Karl, se révèle, au sens photographique du terme, une autre réalité. Celle dans laquelle nous vivons tous, où l’envers et le complément de l’aliénation par le travail est l’aliénation par le loisir. C’est cela que révèlent dans un décor de cartes postales, avec le talent qu’on leur connaît, mais porté ici à son point d’orgue, ces deux grands acteurs que sont Martine Schambacher et Marc Berman, Ce qui, en début de spectacle, pourrait faire penser à une charge caricaturale à la Reiser se transforme petit à petit en moments de tendresse véritable. Le retournement est admirable et s’ouvre sur ce dialogue final :
« Anna : Mais il y a aussi des gens qui prennent des vacances à la mer, trois, quatre fois l’année.
(…)
Karl : Mais ceux-là, ils ont aussi trois et quatre fois plus d’argent que nous. (…)
Anna : Et ils ne travaillent pas plus que toi, ou bien ?
Karl : Sûrement pas. Mais c’est comme ça.
Anna : Et pourquoi ? »
Rideau.

(1) Théâtres en lutte d’Olivier Neveux. éditions la Découverte, 324 pages, 23 euros. Une histoire du spectacle militant. 1966-1981, de Christian Biet et Olivier Neveux. éditions l’Entretemps, 30 euros.

Jean-Pierre Han

La Montagne, 14 mai 2008

+ Les Vivants et les Morts

+ Les Vivants et les Morts

D'après le roman de Gérard Mordillat
Adaptation et mise en scène Julien Bouffier
Création 2007-08

Julien Bouffier livre à la scène pour la première fois en France l'adaptation des Vivants et les Morts. Une fresque romanesque « qui vous tient à la gorge ».

Cette saga de 9h00 emporte le public au cœur d’un spectacle total hors norme mené à bras le corps par une vingtaine d'artistes, entre sitcom, théâtre et cinéma. Dans un bain musical post-rock en live, Julien Bouffier monte sur scène les Vivants et les Morts comme une série culte avec ses saisons, ses épisodes, ses génériques : un rythme cinématographique énergique de plan-séquences réalistes, violents et parfois crus. Grâce à la vidéo, il démultiplie les points de vue passant de scènes d'ensemble au point de détail, pour suivre au plus près les héros du roman et les rebondissements de l'histoire.

Qui peut vivre ?

Lui, c'est Rudi. Il n'a pas trente ans. Elle, c'est Dallas. Rudi et Dallas travaillent à la Kos, une usine de fibre plastique. Le jour où l'usine ferme, c'est leur vie qui vole en éclats, alors que tout s'embrase autour d'eux. A travers l'épopée d'une cinquantaine de personnages, Les Vivants et les Morts est le roman d'amour d'un jeune couple emporté dans le torrent de l'histoire contemporaine. Entre passion et insurrection, les tourments, la révolte, les secrets de Rudi et Dallas sont aussi ceux d'une ville où la lutte pour la survie dresse les uns contre les autres, ravage les familles, brise les règles intimes, sociales, politiques. Dans ce monde où la raison financière l'emporte sur le souci des hommes, qui doit mourir ? Qui peut vivre ?

Projet en 2 parties

En novembre 07 à Montpellier, le public a pu vivre la saison 1 des Vivants et les Morts : amour, famille, 3-8 à l'usine, surendettement et nuits blanches, résument la vie quotidienne de Rudi et Dallas, et de plusieurs familles ouvrières. On suit leur combat quotidien pour la survie, entre unions et déchirements, solidarité et division, face aux manœuvres d’une nébuleuse financière sans scrupule.
Patrons en fuite, partenaires sociaux en déroute, plan social inacceptable... que reste-t-il aux ouvriers pour peser sur la balance, défendre leur vie, celle de leurs enfants et sauver leur dignité ?
La rage de vaincre...
En décembre 08 à Montpellier et janvier 09 en tournée, avec une fougue extraordinaire, les comédiens tiendront le public hors d'haleine, incarnant avec mordant des héros piqués au vif.
Une saison 2 ciné-rock, au rythme battant, jusqu'au dénouement final, dans une mise en scène percutant les sens.

« Il faut que notre théâtre suscite la joie de connaître, organise le plaisir de transformer la réalité. » Bertolt Brecht

La création des "vivants et les morts" emporte le public au cœur d’un théâtre total, nourri de guitare électrique, de vidéo, de technologies numériques, de poésie... Une saga menée à bras le corps par 20 personnes pendant plusieurs heures. Un théâtre de troupe, de plus en plus rare aujourd’hui…
Une ruade dans nos habitudes de consommateurs de théâtre.

« Celui qui ne dit pas non est mort »

Nous avons créé un certain nombre de « psychotropes » (mass-média culturels, consommation...) qui rassurent, permettent d'oublier les espérances trahies, la difficulté d'exister décemment dans un système qui ne respecte, ni ne favorise l'intégrité de l'homme.
Nous nourrissons ce système chaque jour pour que le mirage persiste dans nos vies cloisonnées, oubliant vite ce qui est arrivé au voisin.

A quoi ça sert ?

Une question ne cesse de me préoccuper, celle-là même que posait François Truffaut, quand il interrogeait Hitchcock : « A quoi ça sert ? » Non pas « qu'est-ce que ça signifie ? », mais « à quoi ça sert ? ».
Le théâtre militant, qui a connu ses lettres de noblesses dans les années 70, a perdu sa force et sa vigueur au fil du temps. Considéré - ou devenu - trop ennuyeux, rébarbatif et désuet dans sa forme, c’est un théâtre du passé qui tente pourtant d’empoigner le présent.
Aujourd’hui, la modernité réside dans le travail de la forme et non pas du contenu. La forme, l’image, l’esthétique prévalent.

Qu’est-ce qu’aujourd’hui le théâtre engagé ? Engagé sur quoi, pour qui ?

Comment ce théâtre peut-il intéresser le plus grand nombre ?

On oppose de manière récurrente le théâtre de divertissement et le théâtre didactique mais pour reprendre les mots du « maître » Brecht : « Ce n'est pas assez exiger lorsqu'on exige du théâtre seulement des connaissances, des reproductions instructives de la réalité. Il faut que notre théâtre suscite la joie de connaître, organise le plaisir de transformer la réalité. »
Il faut réussir à trouver un chemin sensoriel qui perce les défenses, relativise les certitudes et les perceptions.
Remettre en marche l'imaginaire, sa force de projection, d'émancipation.
Je ne veux pas d'un théâtre donneur de leçons mais d'un théâtre qui questionne, porteur d'une promesse de bonheur car il recherche l'émancipation de chacun.

Ce que propose Mordillat n'est pas un roman partisan qui stigmatise des coupables mais un panorama de points de vue qui rend compte des subjectivités de chacun des protagonistes.

« On ne peut pas seulement se rêver et mourir sans jamais avoir vu ses rêves s’accomplir. » G. Mordillat

1ère partie : Les Corps domestiques

Création du 15 au 23 novembre 2007 au Théâtre des Treize Vents, CDN de Montpellier L-R

2ème partie : Encore

Création décembre 2008 au Théâtre des Treize Vents, CDN de Montpellier L-R

Avec
. Marc Baylet, Claire Engel, Vanessa Liautey, Olivier Luppens, Stéphane Laudier, Claude Maurice, Jonathan Perez
. Jean-Claude Fall, Fanny Rudelle, Christel Touret (comédiens de la troupe permanente du Théâtre des Treize Vents, CDN de Montpellier LR)
. Guillaume Allory, Christophe Devaux, Sylvain Etchegaray, du groupe Absinthe (Provisoire)
. Et la participation de Lucille Paquis (à Montpellier)

Scénographie Emmanuelle Debeusscher et JB
Vidéo Laurent Rojol et JB
Musique Absinthe (Provisoire)
Univers sonore Eric Guennou
Création lumière Christophe Mazet
Costumes Marie Delphin
Régie générale et régie son Julien Meyer
Assistanat à la mise en scène Stéphane Laudier
Travail chorégraphique Hélène Cathala
Photo Marc Ginot

Production Compagnie Adesso e Sempre / Théâtre des Treize vents, CDN de Montpellier L.R / Le Cratère Théâtre d'Alès, scène nationale / la scène nationale de Cavaillon / Culture Commune, scène nationale du Bassin Minier du Pas-de-Calais / L'agora, scène nationale d'Evry / l'Onde, Espace culturel de Vélizy-Villacoublay et avec l'aide à la création de la Région Languedoc-Roussillon

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Les Vivants et les Morts

D'après le roman de Gérard Mordillat
Adaptation et mise en scène Julien Bouffier
Création 2007-08

Julien Bouffier livre à la scène pour la première fois en France l'adaptation des Vivants et les Morts. Une fresque romanesque « qui vous tient à la gorge ».

Cette saga de 9h00 emporte le public au cœur d’un spectacle total hors norme mené à bras le corps par une vingtaine d'artistes, entre sitcom, théâtre et cinéma. Dans un bain musical post-rock en live, Julien Bouffier monte sur scène les Vivants et les Morts comme une série culte avec ses saisons, ses épisodes, ses génériques : un rythme cinématographique énergique de plan-séquences réalistes, violents et parfois crus. Grâce à la vidéo, il démultiplie les points de vue passant de scènes d'ensemble au point de détail, pour suivre au plus près les héros du roman et les rebondissements de l'histoire.

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Les Yeux rouges

L'Humanité, octobre 2007

Lip, côté femmes en plan serrés

Partant d’interviews d’anciennes ouvrières de Lip, la pièce écrite par Dominique Féret, les Yeux rouges, court du sens au sensible.
Rénovée de frais, la Grande Halle est rouverte aux Rencontres de La Villette qui métissent danse hip-hop, concerts, chantiers et théâtre. Nous avons assisté à la pièce les Yeux rouges, écrite par Dominique Féret et mise en scène par Julien Bouffier. L’auteur a écouté et réactivé la mémoire de trois anciennes ouvrières de Lip, fameux fabricant de montres à Besançon. Dès 1973, ces femmes furent actrices du mouvement qui agita l’usine. Un conflit très long, hautement symbolique, qui s’ébranle lorsque des syndicalistes tombent sur des documents révélant qu’un conglomérat d’horlogers suisses va devenir majoritaire dans le capital de l’entreprise, exsangue. De là le projet de laisser sans emploi 480 personnes… Aussitôt, les syndicats alertent les salariés et les médias. Tout s’embrase alors : des administrateurs sont pris en otages, les ouvriers se saisissent des montres et occupent l’usine…
La lutte des « Lip » connaîtra des déchirements, l’hostilité, à Besançon et ailleurs, mais aussi d’intenses mouvements de solidarité par-delà l’Hexagone. Fin janvier 1974, après trois cents jours de lutte, le plan de relance Neuschwander prévoit la réembauche de 850 ouvriers. Mais déjà un second mouvement voit le jour en 1976…
Une extrême pudeur imprègne le travail de Julien Bouffier. On craint à tort qu’elle ne glisse vers l’atonie, cela avant d’être happée par un dispositif scénique qui, par le son, la vidéo et les corps, permet « un aller et retour permanent entre le sens et le sensible ». Un drap nous fait face. Au sol, il est jonché de dessins de visages féminins en noir et blanc. Il ne pourrait rester que cela, des Lip, des images témoins, sur papier, des visages. Mais voilà des voix, des corps couchés, qui parfois se dressent à ces récits individuels en voix off, les leurs, reprises en direct par ces femmes racontant un conflit qui les a prises de court, elles, les plus vulnérables, de qui l’on voulait la flexibilité. Une danseuse les rejoindra ; elle les écoute, les ausculte en une approche aussi sensuelle qu’empathique. Ces femmes sont fières d’avoir été des Lip. Elles disent le choc de la nouvelle des licenciements, Paris vu pour la première fois aux manifs, les montres vendues à la barbe des RG, et ces brèves incursions dans l’atmosphère, si différente, du militantisme intellectuel… Et d’autres tremblements spécifiques à chaque vie, avalée par le tout ou rien de la grève dans laquelle plus d’une plongea. À raison : toutes, ou presque, soulignent que ce mouvement leur a fait prendre conscience en tant que salariée, mais aussi, pour la première fois, en tant que personne. Un étonnement encore à vif sous-tend ces présences, dont les gestes palpitent et dont l’excitation des traits filmés à vue s’anime en gros grain, en deux tons à la verticale du drap. Il n’est pas rare que ce qui advient sur l’écran ou en voix off apparaisse plus vivant que ce qui émane directement des bouches. D’ailleurs les actrices n’incarnent pas leur texte, elles transmettent des témoignages qui se réfléchissent en nous, qui touchons la peau.
C’était du 24 au 28 octobre à la Grande Halle de La Villette, Paris 19e, dans le cadre des Rencontres de La Villette, qui se tiennent jusqu’au 4 novembre 2007.

Aude Brédy

Midi Libre, septembre 2006

Hérault du Jour, septembre 2006

Midi Libre, octobre 2006

Puy de Dôme, décembre 2006

+ Les Yeux rouges

+ Les Yeux rouges

De Dominique Féret
Mise en scène Julien Bouffier
Création 2005

Trois ouvrières de l'usine LIP à Besançon (Les montres LIP) racontent leur lutte pour sauver leur usine, il y a 35 ans. Cette résistance, exemplaire de solidarité et d'inventivité, a profondément modifié ces femmes. D'abord considérées avec hostilité et cruauté même par leurs voisins, ignorées par leur « liquidateur » et les instances politiques régionales et nationales, elles ont déclenché des élans de sympathie sur l'ensemble du territoire français, tant elles symbolisaient la possible émancipation d'un système socio-économique libéral et machiste, par le pouvoir de l'imagination.

Ces femmes, fières et fortes de leur lutte, ont repris en main les rennes de leur existence bouleversée, en laissant vivre ce qu'elles méconnaissaient d'elles-mêmes où qu'elles avaient tu jusqu'alors.

L'émancipation de chacun

Depuis quelques années, Julien Bouffier creuse un sillon dans son cheminement artistique où il aborde certains dérapages... Parce qu'il y a urgence à nous mobiliser tous, le théâtre engagé doit aussi toucher le grand public et notamment celui qui cherche à s'évader d'une réalité quotidienne, à se divertir, à se rassurer pour oublier, croire qu'il respire...
Il faut réussir à trouver un chemin sensoriel qui perce les défenses, relativise les certitudes et les perceptions.
Remettre en marche l'imaginaire, sa force de projection, d'émancipation.
« Je ne veux pas d'un théâtre donneur de leçons mais d'un théâtre qui questionne, porteur d'une promesse de bonheur car il recherche l'émancipation de chacun. »

Les yeux rouges est la deuxième étape de ce processus de création sur l'engagement et le travail. Le texte de Dominique Féret conduit le théâtre au cœur d'un documentaire sur le conflit ouvrier de l'usine LIP* en 73 à Besançon.
Constitué uniquement d'interviews sans aucun commentaire, le livre de Dominique Féret témoigne de ceux qui, un jour, ont refusé une réalité imposée et se sont rassemblés pour lutter pour le bien de chacun.
Le spectacle "Les vivants et les morts" de Gérard Mordillat, dernière étape de ce cheminement, sera crée en 2008 (saison 1) et 2009 (saison 2) au Théâtre des Treize Vents.

Voyage dans un esprit

Leur redonner la parole, c’est aller contre un mouvement qui avale le temps et nous réduit à gérer le présent. Un présent amnésique, un présent univoque.
Mettre en scène une interview, c’est faire entendre les paroles échangées, le lien, la rencontre, plus que l’histoire. C’est préférer raconter l’émotion, « l’humain », qui contaminent nos mots.
C’est mettre à nu notre mémoire, la partager avec « l’autre » pour qu'il se l'approprie.
Ce n’est pas le réel de cette interview que je mets en scène ici mais son impact dans l'esprit de l’interviewer. C’est un voyage dans son esprit que je propose au moment.

L'image, le son et le corps

Sur scène, le spectateur voit un écran, une peau, une grande page blanche, une photographie vierge où viennent «  s’impressionner » les présences de ces paroles d’ouvrières.
La technique utilisée à vue (micro, voix off, bande son omniprésente, vidéo) permet cet aller et retour permanent entre le sensible (des corps et des voix) qui conduit le propos vers la caresse, et le sens. Cet espace abstrait induit un traitement des corps, un traitement des voix particulier. Les actrices n’incarnent pas mais nous transmettent l’humanité de ces anciennes ouvrières : comment cette parole les traverse, comment elle se diffuse dans leur corps. Face à elles, une jeune danseuse questionne et nous force à appréhender des oralités et des « physicalités » marquées par leurs expériences d’interprètes d’une part, et par la partition qu’elles ont à jouer d’autre part.

* LIP - Rappel

Début 1973, alors que la direction de l'entreprise est prête à jeter l'éponge du fait d'une situation financière catastrophique, des syndicalistes mettent la main sur une pochette de documents, émanant de la direction, qui les renseigne sur les mécanismes d'une faillite organisée : un conglomérat d'horlogers suisses a œuvré pour rentrer dans le capital de l'entreprise et finalement devenir majoritaire. Ils ont ensuite limogé son président charismatique, Fred Lip, et ainsi éliminé un concurrent gênant en vidant ses caisses.

Les syndicats décident de contre-attaquer en informant tous les salariés de l'usine ainsi que les médias. Un fort courant de sympathie naît alors dans l'opinion publique. Mais malgré tout ce travail de sensibilisation, rien n'évolue et la liquidation administrative est planifiée.
C'est à ce moment que les salariés de Lip rentrent dans l'histoire en décidant de reprendre la fabrication des montres. Les « Lips » produisent et s'organisent pour vendre leurs montres mais ils n'ont pas l'intention pour autant de se mettre en autogestion, ils attendent que patrons et pouvoirs publics conçoivent un plan de relance.
Un mois après, les Lips se payent sans hiérarchisation de salaire. Le lendemain, les gardes mobiles pénètrent dans l'usine de Palente et expulsent les Lips qui gardaient le lieu.

Les salariés avaient prévus cette éventualité et avaient dissimulé leur trésor de guerre, c'est à dire les montres qu'ils avaient fabriqués. Ils continueront ainsi durant tout le mouvement à fabriquer, vendre et se payer. De grandes manifestations de soutien s'organisent partout en France et en Europe. Le 29 Septembre 1973, 100 000 personnes se réunissent pour une grande marche autour de Besançon.

Fin janvier 74, après 300 jours de lutte, le projet de relance Neuschwander est accepté par tous les partenaires sans aucun licenciement.

Création mai 2005, nouvelle création décembre 2005

Avec

. Doumé, Ghyslaine Gau, Carole Jolinon, Claude Maurice
. Et la participation exceptionnelle de Gabriel Monnet

Scénographie Julien Bouffier
Vidéo Laurent Rojol et JB
Travail chorégraphique Ghyslaine Gau
Création sonore Éric Guennou
Création lumière Marc Baylet

Production Compagnie Adesso e Sempre, co-réalisé par le Conseil général du Gard
Le spectacle a reçu une aide spécifique à la diffusion de Musique et Danse en Languedoc-Roussillon en 2005
Remerciements à : la Ville de Collias, le théâtre du Quaternaire

+ + Presse

Les Yeux rouges

De Dominique Féret
Mise en scène Julien Bouffier
Création 2005

Trois ouvrières de l'usine LIP à Besançon (Les montres LIP) racontent leur lutte pour sauver leur usine, il y a 35 ans. Cette résistance, exemplaire de solidarité et d'inventivité, a profondément modifié ces femmes. D'abord considérées avec hostilité et cruauté même par leurs voisins, ignorées par leur « liquidateur » et les instances politiques régionales et nationales, elles ont déclenché des élans de sympathie sur l'ensemble du territoire français, tant elles symbolisaient la possible émancipation d'un système socio-économique libéral et machiste, par le pouvoir de l'imagination.

Ces femmes, fières et fortes de leur lutte, ont repris en main les rennes de leur existence bouleversée, en laissant vivre ce qu'elles méconnaissaient d'elles-mêmes où qu'elles avaient tu jusqu'alors.

+ Les Yeux rouges

+ Remember the Misfits

De Julien Bouffier
Création 2004 / Re-création 2005

Remember the Misfits ouvre dans le théâtre une brèche complètement cinématographique, par le dispositif, le climat, le jeu d’acteurs, et la liberté d’évasion qu'il offre… Il y a là du montage godardien, des collages et décalages inattendus d’images et de sons, des trouvailles musicales jouissives.
Comme les motifs d’un mobile qu’on aurait envie de regarder danser jusqu’à l’envoûtement, ses images tintent et respirent, magnétiques.
Alors qu’un jeune réalisateur met le feu à sa luxuriante forêt de références et fuit la tyrannie des cartésiens, une fillette s’amuse sur le plateau avec un caméscope, filme l’intérieur de sa maison de poupée, avec ce regard naïf et curieux qui nous manque tant…
Peu à peu, on suit les traces des Misfits (Les Désaxés), célèbre film de John Huston, où les personnages de Marilyn Monroe, Clark Gable et Montgomery Clift sont les laissés pour compte du rêve américain.
La présence spectrale des comédiens, réincarnations contemporaines des trois personnages, caresse le public à rebrousse-théâtre dans un voyage où le réalisateur tresse ses souvenirs aux lambeaux d'un rêve collectif.
Que reste-t-il aujourd'hui du fantasme de l'Ouest ?

Comme des compagnons

« Il est difficile pour nous de quitter une création et ses personnages. Ils continuent à vivre dans notre imaginaire longtemps après que l’aventure théâtrale soit terminée, comme des compagnons de route fantasmés.»

Dans Remember the Misfits, nous retrouvons le couple des acteurs qui jouent Marthe et Thomas Pollock dans l’Échange de Paul Claudel.
Ils sont chargés de ce passé, mais incarnent un autre couple : en rêvant sur le film de John Huston – les Misfits, nous avons inventé une nouvelle vie à ces amants où les repères se brouillent, où la mémoire vacille, où l'on ne sait plus quoi - de la réalité ou de la fiction - construit l'individu.

Remember The Misfits est une fiction basée sur les traces laissées par une œuvre de cinéma dans la mémoire d’un spectateur, metteur en scène.

C'est une fable sur le cinéma, sur les difficultés de la création, sur ses liens avec le théâtre. Un méta spectacle, un spectacle-commentaire sans sujet. Une « Poupée russe » pour perdre le public dans le prisme des possibles « soi-même ».
Un parcours de spectateur avec ses oublis et ses fantasmes, entre la connaissance et l’illusion, peuplée de correspondances et de rêveries.

Remember the Misfits fantasme du souvenir, invente de l’amnésie. Ici le « Rêveur » se demande s’il doit faire table rase du passé pour avancer, s’il doit oublier le lendemain pour enfin être là avec les autres.
Le « Rêveur », c’est Marthe, Lechy, Thomas, Roslyn, Gay, Marilyn, Clark ; le réalisateur, vous, nous.
Remember the Misfits interroge notre place de spectateur.
D’abord en confrontant l’image et l’écrit, le cinéma et la poésie, que l'on a tendance à opposer. Puis en questionnant notre mémoire. Et enfin en construisant un territoire commun. Comment envisage-t-on une pièce de Claudel ? Quels sont nos souvenirs, nos préjugés ? Se souvient-on des Misfits, ce film de Huston ? Qui garde-t-on à l'esprit, les personnages joués par Marilyn, Clark Gable, Montgomery Clift ou seulement les figures que sont devenus ces acteurs ?

Remember the Misfits questionne notre capacité à assumer la réalité, à vivre le présent. Est-ce le désir, le fantasme, qui conduisent notre vie ou l'inverse ? Existe-t-il, ce fameux principe de réalité auquel tous les espoirs des hommes de bonne volonté se cognent un jour ? L'acceptation de la réalité est-elle ou non un renoncement ? De quoi nous construisons nous ?

Remember the Misfits est un hommage aux rêves que la fiction imprime dans nos imaginaires, à ces illusions qui nous définissent aussi et participent au rassemblement de la communauté des hommes en racontant un ailleurs sublimé, où les désirs deviennent réalité.

Ce spectacle fait partie avec L'Échange du diptyque Nos Nuits américaines

Avec

Vanessa Liautey, Marc Baylet, Sarah-lou Collin, Ludovic Abgrall

Scénographie Emmanuelle Debeusscher et JB
Vidéo Laurent Rojol et JB
Création sonore Éric Guennou
Création lumière Christophe Mazet

Production
Compagnie Adesso e Sempre
Théâtres de Sète, Scène Nationale (2004)
Théâtre des Treize vents, CDN de Montpellier L-R (2005)

Remember the Misfits

De Julien Bouffier
Création 2004 / Re-création 2005

Remember the Misfits ouvre dans le théâtre une brèche complètement cinématographique, par le dispositif, le climat, le jeu d’acteurs, et la liberté d’évasion qu'il offre… Il y a là du montage godardien, des collages et décalages inattendus d’images et de sons, des trouvailles musicales jouissives.
Comme les motifs d’un mobile qu’on aurait envie de regarder danser jusqu’à l’envoûtement, ses images tintent et respirent, magnétiques.
Alors qu’un jeune réalisateur met le feu à sa luxuriante forêt de références et fuit la tyrannie des cartésiens, une fillette s’amuse sur le plateau avec un caméscope, filme l’intérieur de sa maison de poupée, avec ce regard naïf et curieux qui nous manque tant…
Peu à peu, on suit les traces des Misfits (Les Désaxés), célèbre film de John Huston, où les personnages de Marilyn Monroe, Clark Gable et Montgomery Clift sont les laissés pour compte du rêve américain.
La présence spectrale des comédiens, réincarnations contemporaines des trois personnages, caresse le public à rebrousse-théâtre dans un voyage où le réalisateur tresse ses souvenirs aux lambeaux d'un rêve collectif.
Que reste-t-il aujourd'hui du fantasme de l'Ouest ?

+ Remember the Misfits

+ Perlino Comment

De Fabrice Melquiot
Conception et mise en scène Julien Bouffier
Création 2005

Dans les rues de Naples, Perlino Comment, un enfant étrange devenu adulte, perd la mémoire...

« Son trésor est foutu. Le trésor des émotions pures.
Comment vivre sans ? On ne peut pas. On ne vit bien qu'avec elles, avec leur souvenir au moins. Le souvenir des émotions pures de quand on est petit. Sinon être grand est une chose trop dure, c'est de l'escalade et on tombe... »

Attention au mirage

Le texte de Melquiot est un conte sur l’enfance. On se laisse facilement embarquer, à la lecture, dans un voyage plein de sons, de parfums, de couleurs, de réminiscences.
Ensuite, quand on cherche à en atteindre la moelle, on se rend compte de sa complexité, de son ambiguïté. Il est urgent, alors, de s’extirper de sa forme narrative pour saisir la troublante liberté de projection qu’il offre au metteur en scène.
Perlino Comment n’est pas seulement l’histoire d’une belle amitié, ce n’est pas un conte linéaire qui mène tranquillement son public jusqu’au dénouement. C'est le constat d'un homme sur la vie avec sa part de noirceur et de cruauté, une métaphore sur le temps qui passe et sur le deuil.

Manteau d’arlequin

La mise en scène de Julien Bouffier fait de Perlino Comment un spectacle qui donne le vertige. Dans une sorte de prisme qui brouille beaucoup de nos repères, il emboîte le pas de Melquiot et, avec sa propre machine à illusion, détourne le spectateur, du lit d’une histoire fleuve.
Il y a autant de Mimmo que d’enfances. Partant de ce principe, JB rassemble sur le plateau 2 comédiens, 1 danseur, 2 musiciens, 1 scénographe, 1 apiculteur, et propose à chacun de porter avec sa sensibilité, son histoire et son art, une des couleurs de Perlino, icône d’enfance.

Le texte sera déstructuré, distribué à l’ensemble de l’équipe et restitué en Français, en Italien, sonorisé ou non, en direct ou en Off, par la voix, par l’image, par l'écrit, la musique et le corps.

Voilà réunies toutes les dimensions d'un monde parallèle où le temps s’étire, où l’incroyable odyssée devient universelle.
L’être humain se perd dans un palais des glaces, chaloupé d’un bord à l’autre d’une enfance imprévisible, insaisissable, dans les échos d’un rêve, d’un passé, d’un présent intangibles.
La musique et l’image fouillent dans leurs références, les distordent, et distillent leur chaleur moite et fantasmatique du pâté de sable à Cinecitta, de la ruelle napolitaine à la crypte de l’église. Le corps s’évade de la pantomime, exulte l’ivresse de vivre et s’endort à jamais.

Avec

Lorenzo Dallai, Emmanuelle Debeusscher, Dimoné, Vanessa Liautey
Benoit Schwartz, Jean-Christophe Sirven, Zitto

Scénographie Emmanuelle Debeusscher et JB
Vidéo Laurent Rojol et JB
Création musicale et sonore Dimoné et Jean-Christophe Sirven
Création lumière Christophe Mazet

Production Compagnie Adesso e sempre
Avec le soutien du Collectif 12 - Mantes la Jolie, le centre culturel La Courée de Collégien, L'Onde - Espace culturel de Vélizy-Villacoublay

Perlino Comment

De Fabrice Melquiot
Conception et mise en scène Julien Bouffier
Création 2005

Dans les rues de Naples, Perlino Comment, un enfant étrange devenu adulte, perd la mémoire...

« Son trésor est foutu. Le trésor des émotions pures.
Comment vivre sans ? On ne peut pas. On ne vit bien qu'avec elles, avec leur souvenir au moins. Le souvenir des émotions pures de quand on est petit. Sinon être grand est une chose trop dure, c'est de l'escalade et on tombe... »

+ Perlino Comment

+ L'Échange

De Paul Claudel
Mise en scène Julien Bouffier
Création 2003 / Re-création 2005

Julien Bouffier plonge le spectateur dans l'illusion, dans un film : studios de cinéma désaffectés, bande son hollywoodienne et grand écran sur fond de panneau publicitaire. Un clin d'œil, un hommage au septième art, un melting pot cristallisant le rêve américain dans lequel Hollywood est la chambre noire idéale pour révéler les personnages de Claudel.

Et cela sans jamais trahir cette géniale capacité de l'auteur à fusionner des matériaux aussi hétérogènes que le symbolisme et le réalisme.
Les personnages de L’Échange rappellent les figures emblématiques de l'Amérique. Incapables d'assumer leur réalité, tous rêvent d'un ailleurs sublimé pour assouvir leurs désirs. Cet ailleurs, c'est en l'occurrence l'Amérique qui, plus qu'un simple décor, devient le centre même de l'histoire, sa raison d'être.

L’Amérique, comme moteur dramatique

Dans le programme de L’Échange monté par G. Pitoëff, en 1939, Paul Claudel annonçait les éléments d'un conflit et d'un échange : deux hommes et deux femmes.
« Il me semble qu'il existe un cinquième personnage, et qui n'est pas des moindres : l'Amérique. »
Elle fait même figure de personnage principal. Plus qu'un décor, elle situe l'action. Elle n'est pas l'enjeu, mais sa présence induit le comportement de chacun. Dans sa lettre à J-Louis Barrault, Paul Claudel ne peut s'empêcher de la mentionner quand il parle des personnages : « Rien à dire des autres personnages, si ce n'est qu'ils participent à cet étrange sentiment d'irréalité que m'a procuré et à d'autres aussi, l'Amérique, l'autre monde. »
Le décalage espace-temps entre la vieille Europe et le nouveau monde est au centre des enjeux de l'Échange.

Cinématographier L’Échange au théâtre

Julien Bouffier plonge le spectateur dans l'illusion, dans un film : studios de cinéma désaffectés, bande son hollywoodienne et grand écran sur fond de panneau publicitaire. Un clin d'œil, un hommage au septième art, un melting pot cristallisant le rêve américain dans lequel Hollywood est la chambre noire idéale pour révéler les personnages de Claudel. Et cela sans jamais trahir cette géniale capacité de l'auteur à fusionner des matériaux aussi hétérogènes que le symbolisme et le réalisme.

Les personnages de l’Échange rappellent les figures emblématiques de l'Amérique. Incapables d'assumer leur réalité, tous rêvent d'un ailleurs sublimé pour assouvir leurs désirs. Cet ailleurs c'est en l'occurrence l'Amérique qui, plus qu'un simple décor, devient le centre même de l'histoire, sa raison d'être.

Thomas Pollock Nageoire, qui est passé maître dans « l'Art du deal », est proche de Citizen Kane. Lechy Elbernon porte en elle le spleen existentiel des futures stars hollywoodiennes. Louis Laine, qui était pour Claudel un double de Rimbaud et par conséquent un double fantasmé de lui-même, fait penser aux poètes américains de la « beat generation », comme Jack Kerrouac, dont la première motivation est la liberté.
Marthe, elle, est à part. Elle est d'une certaine manière notre référent. C'est de ses yeux d'Européenne qu'on assiste aux échanges, aux transformations.

La fiction, comme référent

Pour planter le décor, Claudel choisit de situer sa pièce de manière assez précise dans la géographie et l’histoire des États-Unis. Doit-on, pour suivre le souhait de l'écrivain, trouver la réalité de ce désir en travaillant de manière encyclopédique ou peut-on rester à la surface du réel et fabriquer de la poésie ?
Connaître ou fantasmer ? Depuis longtemps, la frontière entre la fiction et le réel oriente ma recherche. J'essaye à chaque nouvelle mise en scène d'éprouver les limites de cette frontière et de comprendre dans cet axe de travail, ce qui donne à l’objet artistique son caractère universel.
Ici, mon travail a consisté à utiliser plutôt la fiction comme référent, comme principale source de renseignements pour traiter le réel.
Les quatre personnages ont chacun une appréhension particulière de la fiction. Pour Louis Laine, la fiction est une drogue. Marthe est une terrienne. Elle tient la fiction à distance. Thomas Pollock et Lechy Elbernon vivent de la fiction, savent en jouer, la maîtriser : ils se sont inventé, chacun, un monde fictionnel (celui du théâtre et celui de l'argent) et jouent avec Louis et de Marthe.

Le cinéma, comme univers fantasmatique

Dans cette mise en scène, l'image-vidéo donne à voir entre les lignes, derrière les mots et le regard. Prémonition ou réminiscence, elle met en perspectives dans le temps et dans l'espace les enjeux de l'Échange.
L’omniprésence de l’image-vidéo tant dans la durée (le premier acte est constamment nourri par la vidéo), dans la présence (deux grands écrans), que dans le grain du film ou l'utilisation (en direct ou non) oblige le spectateur, consciemment ou inconsciemment, à réfléchir à la place de l’image face au corps. Vers où porte son regard ? Vers le vivant ou son double glacé ? A prendre position par rapport au théâtre, à la quête du réalisme, à la fiction.

Ce spectacle fait partie avec Remember the Misfits du diptyque Nos nuits américaines

Avec

Vanessa Liautey, Marc Baylet, Dominique Jacquet, Yanecko Romba

Scénographie Emmanuelle Debeusscher
Vidéo Laurent Rojol et JB
Création sonore Éric Guennou
Création lumière Christian Pinaud

Production Compagnie Adesso e Sempre / Théâtres de Sète, Scène Nationale - Théâtre des Treize vents, CDN de Montpellier-L-R
Et avec le soutien en 2003 de Saint-Yrieix-la-Perche et du Théâtre de Cavaillon, Scène Nationale

L'Échange

De Paul Claudel
Mise en scène Julien Bouffier
Création 2003 / Re-création 2005

Julien Bouffier plonge le spectateur dans l'illusion, dans un film : studios de cinéma désaffectés, bande son hollywoodienne et grand écran sur fond de panneau publicitaire. Un clin d'œil, un hommage au septième art, un melting pot cristallisant le rêve américain dans lequel Hollywood est la chambre noire idéale pour révéler les personnages de Claudel.

Et cela sans jamais trahir cette géniale capacité de l'auteur à fusionner des matériaux aussi hétérogènes que le symbolisme et le réalisme.
Les personnages de L’Échange rappellent les figures emblématiques de l'Amérique. Incapables d'assumer leur réalité, tous rêvent d'un ailleurs sublimé pour assouvir leurs désirs. Cet ailleurs, c'est en l'occurrence l'Amérique qui, plus qu'un simple décor, devient le centre même de l'histoire, sa raison d'être.

+ L'Échange

Le Début de l'A

De Pascal Rambert
Mise en scène Julien Bouffier
Création 2002

Le Début de l'A. est un road movie musical à la Mélody Nelson, un fantasme en technicolor, une ode au désir, au bonheur, au début de l'amour.
Entre New-York et Paris, deux amants séparés se sont attendus mille ans. A bord de la Speed Fire décapotable qui file à toute vitesse vers le Sud, ils dévorent la vie à toute vitesse.

Plus qu'un spectacle de théâtre Le Début de l'A. est un morceau de vie que l'on pénètre tous sens en éveil. Il s'adresse aux générations bien vivantes et pleines de ressort.

+ Le Début de l'A

+ Le Début de l'A

De Pascal Rambert
Mise en scène Julien Bouffier
Création 2002

Le Début de l'A. est un road movie musical à la Mélody Nelson, un fantasme en technicolor, une ode au désir, au bonheur, au début de l'amour.
Entre New-York et Paris, deux amants séparés se sont attendus mille ans. A bord de la Speed Fire décapotable qui file à toute vitesse vers le Sud, ils dévorent la vie à toute vitesse.

Plus qu'un spectacle de théâtre Le Début de l'A. est un morceau de vie que l'on pénètre tous sens en éveil. Il s'adresse aux générations bien vivantes et pleines de ressort.

Vif et urgent à croquer comme une glace qui fond trop vite...

Il réussit à faire entendre une écriture particulière à un public très large. Par un travail d'acteur et de mise en scène sans concession, il fait de la vraie/fausse intimité de Pascal Rambert, le jardin fantasmatique de presque tous (jeunes ou moins jeunes - mais encore vigoureux !).
Il célèbre le bonheur et la spontanéité de l'état amoureux, il est vif et urgent à croquer comme une glace qui fond trop vite.

Écriture métaphorique et crue

Elle trouve son pendant sur scène dans la direction des comédiens, du musicien, dans le choix d'une scénographie bi-frontale intégrant les techniques numériques visuelles et sonores.
Tantôt Alex et Vanessa sont en suspens entre deux sensations de manque, tantôt mordent-ils à pleines dents la chair capricieuse. Ils se sont attendus mille ans. Ils sont là, vrais dans leurs appétits, dans leur corps, dans leurs doutes, dans leurs jeux, dans leurs fantasmes.
La poésie de Rambert est leur langue, elle nous projette sur la ligne « over the Alantic Ocean sur la ligne courbe Barbès Rochechouart, Fulton street Brooklyn… dans la membrane souple blanche et beige, dans la trompe, la queue ou le sexe en érection d'un éléphant… jusqu'à la Speed Fire démembrée, éclatée par-dessus les rails de sécurité ».

Sans musique, plus rien

Dominique, le chanteur guitariste, est le lien intangible entre les deux amants. Il existe résolument et il est transparent à la fois. Il est le double fantasmé de l'autre, il est le confident. Il est l'écho, la mémoire, le futur. Sans sa voix et sa musique, plus rien.
Sur scène, il traverse librement "le mur" qui sépare les deux amants.
Avant que ce mur ne cède, le public, divisé en deux groupes, ne sait pas ce qui se passe de l'autre coté, dans la vie de l'autre amant. D'ailleurs, il voudrait bien savoir… savoir de quel côté aller, avant de s'asseoir.

Palper le vivant de l'écriture

Avec ce Début de l'A.-là (…), nous présentons au public un couple auteur/metteur en scène en équilibre. Pascal Rambert et Julien Bouffier sont aussi inattendus l'un que l'autre, ont autant soif du « je » l'un que l'autre.
Ainsi le public peut-il palper le vivant de l'écriture et de la mise en scène et leur nécessaire co-expression au cœur de la cité.

Médiation inattendue

Avec le début de l'A., Adesso e Sempre propose un travail de médiation culturelle à « effet d'entraînement », autour de l'écriture jouée, chantée, par des rencontres et des concerts. L'équipe peut se déplacer dans n'importe quel lieu à la rencontre du public… Peut-être d'ailleurs là où le public n'attend pas le théâtre. Le spectacle lui-même peut se jouer hors du théâtre.

Avec

Vanessa Liautey, Alex Selmane / Nicolas Vallet, Dimoné (chanteur-guitariste)

Scénographie Emmanuelle Debeusscher
Vidéo Laurent Rojol et JB

Coproduction Compagnie Adesso e Sempre - CCAS/EDF-GDF - Théâtres de Sète, scène nationale

Narcisse Autobiographie

Création 1999

Tambours dans la nuit

Création 1998

Suerte

Création 1997

Melite

Création 1995

Hors de soi

Lecture sonique
Création 2007

D'après le roman de Gérard Mordillat
Adaptation et mise en scène Julien Bouffier

La Lecture sonique est une performance théâtrale et musicale sur un extrait du roman de Gérard Mordillat, Les Vivants et Les Morts. Dans cet « Épisode 6 » tel que l'a découpé Julien Bouffier, une manifestation sanglante contre la liquidation de l'usine oppose les ouvriers, leur famille, leurs amis et sympathisants aux CRS...

Avec 2 comédiens, les 2 guitaristes et le batteur du groupe Absinthe (provisoire) - qui jouent dans Les Vivants et les Morts -, nous nous sommes attachés à rendre sensible ce moment de lecture, à le « dé-cérébraliser » grâce au pouvoir de la musique, agissant comme un stimulateur d’imaginaire pour transmettre l’émotion qui nous saisit à la lecture du texte de Mordillat.

Les Vivants et les Morts

Julien Bouffier vient de porter à la scène pour la première fois en France, le roman de Gérard Mordillat Les Vivants et les Morts. Cette saga de 9h00 emporte le public au cœur d’un spectacle total mené à bras le corps par une vingtaine d'artistes... entre sitcom, concert de rock, théâtre et cinéma.
Véritable succès populaire, ce livre nous plonge dans une fresque sociale saisissante.
A travers l'épopée d'une cinquantaine de personnages, Les Vivants et les Morts nous livre le combat de Dallas et de Rudi pour survivre au cœur d'une ville où la lutte contre la fermeture de l'Usine ravage les familles, brise les règles intimes, sociales, politiques. Au plus fort du conflit, une manifestation sanglante contre la liquidation de l'usine oppose les ouvriers, leur famille, leurs amis et sympathisants aux CRS...

Comment mettre en scène une manifestation populaire ?
Comment rendre compte au théâtre de l’héroïsme sans être ridicule ?

Rechercher la réalité de la foule, d’une manifestation sur un plateau de théâtre avec les moyens du théâtre (un nombre d’acteurs limités, un décor de théâtre) ne pourra être qu’une très pâle copie du réel, lui enlevant ainsi sa portée émotionnelle, sociale et philosophique.
De cette question est né le désir de créer un dispositif sonore et musical qui choisirait radicalement un autre mode de représentation.
Ne rien donner à voir. Privilégier l’écoute et l’imaginaire du spectateur.

L'éventail musical d’Absinthe (provisoire) est très large : chansons, morceaux de rock plus brutaux, soniques, improvisation musicale, flirtant ainsi vers la musique minimale ou bruitiste. L’énergie des deux guitares et d’une batterie emporte l’action par sa puissance, son lyrisme, créant l’émotion animale de l’identification.

Après une série de lectures données depuis 2006 au sein de médiathèques, de friches industrielles, de lycées…, Hors de soi s’avère être une performance théâtrale et musicale à part entière, indépendante des Vivants et les Morts. Nul n’est besoin d’avoir lu le roman ou vu le spectacle, pour être emporté par ce moment. Il agit plutôt comme un commando provoquant le désir de venir voir le spectacle.

Avec

Julien Bouffier, Vanessa Liautey ou Claude Maurice

Musique Guillaume Allory, Christophe Devaux, Sylvain Etchegaray, du groupe Absinthe (Provisoire)

Chambres d'enfance

Collectage / Film / Expo
Création 2005

La quête des émotions pures, celles que l'on ressent quand on est enfant, est le thème principal de Perlino Comment. L'enfant est ouvert au monde. L'adulte, sous les assauts de la réalité, peut avoir tendance à se refermer, voire même, à se racornir pour peu qu'il s'enferme dans la grisaille.

Témoignages

Le thème de la pièce nous a donné l'opportunité d'imaginer une rencontre particulière avec le public en amont des représentations de Perlino Comment. En plus des échanges classiques sur l'auteur et l'œuvre avec la compagnie, nous proposons aux équipes des lieux qui nous accueillent :

  • de rencontrer des personnes, prêtes à nous ouvrir leur porte pour filmer la chambre, restée intacte, de leur enfant devenu adulte, les écouter nous parler de cette époque révolue.
    L’enfance est difficile à quitter. Pour tous. Souvent, des affiches, des jouets, un lit, nous rappellent qu’ici a vécu un enfant…
  • de filmer des personnes chez elles ou dans la ville en les interviewant sur leur enfance.
    Julien Bouffier et Laurent Rojol amassent ainsi depuis le début des répétitions en 2004 ces témoignages et recréent, au fur et à mesure des rencontres, un film qui tente d'être un reflet poétique de toutes ces réalités échangées.

Ce film est ensuite projeté dans le lieu de représentation de Perlino Comment avant le spectacle, réunissant ainsi le public autour de témoignages émouvants.
Les habitants de Viry-Chatillon ont été interviewés en janvier 06. Le film dans sa toute dernière mouture a été présenté en mars lors de la résidence IMMENSO! au Théâtre de l'Envol à Viry-Chatillon.

La séKence du speKtateur

Collectage / Film
Création 2004

Depuis 05, Adesso e Sempre propose au spectateur volontaire de se prêter à une nouvelle expérience : il s’agit d’assister à une représentation, isolé du reste du public, dans une cabine insonorisée équipée d’un micro et d’une caméra. Le spectateur a accepté au préalable de commenter la pièce en direct. Une fois la pudeur disparue, la caméra recueille un arc-en-ciel de signes, d’attitudes, de mots, d’expressions du visage, de respirations, qui permettent d’explorer le lien entre la représentation théâtrale et le spectateur.

Rapport au spectateur

Julien Bouffier questionne le rapport au spectateur dans chacune de ses créations, soit par la place qu'il lui donne dans l'espace (rapport de proximité, d'éloignement, axes du regard), soit par la perte de ses repères en jouant avec la réalité et la fiction, soit par une démultiplication des signes pour assouplir, voire détourner la codification de la représentation théâtrale.
Chacune des créations apporte un faisceau d'indices qui permet d'affiner et d'affirmer un langage artistique révélant par la même occasion de nouvelles zones à défricher.

Oublier le dispositif

Avec La séKence du speKtateur, JB propose au spectateur volontaire de se prêter à une nouvelle expérience : il s'agit d'assister à la représentation, isolé du reste du public, dans une cabine insonorisée équipée d'un micro et d'une caméra. Le spectateur a accepté au préalable de commenter la pièce en direct à la manière d'un commentateur sportif et d'être filmé et enregistré.
La règle du jeu du commentaire sportif est bien sûr une fausse piste pour mettre le spectateur en confiance, lever les barrières de la pudeur et atteindre le moment du lâché prise où l'on oublie le dispositif qui nous entoure, où l'on est plongé dans ce que l'on regarde et écoute. Alors la caméra recueille un arc-en-ciel de signes, d'attitudes, de mots, d'expressions du visage, de respirations, qui permettent d'explorer le lien entre la représentation théâtrale et le spectateur.

Un florilège de réactions illustre tout ce qui peut se passer dans nos têtes si différentes les unes des autres et comment, peu a peu, la plupart des spectateurs se livre au bout d'une certaine résistance : on analyse sa situation de spectateur isolé. On se protège dans ce rôle de commentateur sportif, s'en tenant à la règle de départ jusqu'à la fin de la représentation. On donne sa position sur l'art théâtral en général, sa façon de l'appréhender. On résume ou décrit très précisément ce qui se passe. On se laisse aller à ses émotions. On se laisse aller aux réflexions, analyses, questionnements que l'on aurait pu avoir intérieurement, assis dans la salle. On reste silencieux, tant l'émotion est forte. On s'écoute analyser à haute voix. On analyse ce que l'on vient de dire. On livre son parcours intérieur, comme sous hypnose. On s'identifie. On se demande ce que les autres spectateurs pensent.
Et l'on trépigne sur son siège au moment des saluts, car le 4ème mur est bel et bien là, qui empêche la communion finale avec le reste de la communauté.

Expérimentations

Julien Bouffier a conçu cette expérience comme un chercheur, en partant de 3 hypothèses :

  • obtenir des indices sur la fusion qui s'opère ou non entre le spectateur et la représentation,
  • créer un lien particulier avec chaque spectateur volontaire, dans le cadre d'une expérience personnelle unique,
  • témoigner auprès du reste du public de ce lien d'humanité intangible qui se tisse entre le plateau et la salle, parfois bien malgré soi.

Cette expérience a été initiée au Théâtre des Treize Vents dans le cadre du festival de théâtre contemporain  Oktobre. Chaque spectacle était couvert. Le public pouvait découvrir le lendemain sur écran vidéo dans chaque site du festival, les témoignages enregistrés la veille. Le film de l'ensemble de ces témoignages a été présenté au public en clôture du festival. Nouvelle occasion de tisser un lien inhabituel, une fois la représentation passée, lire sur les visages et écouter les commentaires de ceux qui « y étaient » et « ceux qui auraient bien voulu y être, dans la cabine ».

En 2006, Lors de trois spectacles de la saison du théâtre de l'Onde-Vélizy-Villacoublay, la compagnie a réitéré l'expérience en filmant pour chaque représentation deux spectateurs-commentateurs.

Le 15 juin, le film de cette session a été projeté lors de la présentation de saison du Théâtre de L'Onde-Vélizy-Villacoublay.

Cette expérience ne donne pas la recette d'une rencontre assurée avec le spectateur tant nous sommes différents les uns des autres. Elle crée en revanche un lien insolite qui modifie à un degré aussi infime soit-il la posture de chaque participant : spectateur, créateurs, techniciens, organisateurs...
Et surtout, elle permet de s'approcher plus près de celui que l'on ne cesse de vouloir atteindre.

Mémoire / Public

Collectage / Performance / Expo / Film
Création 2004

Pendant deux ans, la CCAS - L’Activité Sociale du personnel des Industries Électriques et Gazières de France - nous a aidé à produire et à tourner le Début de l’A. de Pascal Rambert. Pour connaître le soutien inestimable que la CCAS propose aux artistes, je sais l’importance que revêt encore la culture pour certains agents électriciens et gaziers de France. EDF-GDF incarne encore (!?) un projet de service public, la CCAS étant la part sociale de ce projet. Un lien, où la culture peut et doit jouer son rôle.

De Marcel Paul à Jean Vilar

Quand EDF-GDF change de projet et d’objet, où en sont les femmes et les hommes qui vivent en son sein ?
Que reste-il du projet social de Marcel Paul, à l’origine de la CCAS en 1945 et plus particulièrement de sa dimension culturelle.
Que reste-il du projet de Jean Vilar ?

Quand sonnent la privatisation du service public, le démantèlement du tissu artistique, la vente de « temps de cerveaux disponibles », j’ai bien envie de mettre mon grain de sable dans ces rouages pour abîmer le processus.

Collectage / Performance

Aller chercher dans « l'ailleurs » du monde du travail une vérité, une identité commune

La compagnie a proposé un projet particulier à la CMCAS Hérault, qui couvre le champ des activités sociales et mutualistes des agents EDF/GDF de L'Hérault.
Il s'agit d'aller frotter deux univers qui ont malheureusement, malgré les bonnes intentions, peu de choses concrètes en commun ; de les faire déteindre l'un sur l'autre.
Dans ma démarche d'artiste revient en permanence la problématique de la mémoire du spectateur. Que nous reste-t-il une fois le spectacle terminé ?
Avons-nous éveillé quelques lanternes, laisserons-nous une trace dans l'imaginaire de certains ?
Dans un premier temps, sur le lieu de travail, nous avons donné un extrait des " yeux rouges ", texte de Dominique Féret relatant les grèves des Usines LIP en 1973. Par ce geste, nous avons tendu un lien tangible entre théâtre et travail, et avons brouillé les pistes entre réalité et représentation.
Cette intervention a déclenché rencontres, questions spontanées, témoignages émouvants d'étonnement.

Puis nous nous sommes immergés dans le lieu de travail et avons interviewé, questionnaire à l'appui, un large éventail d'agents d'EDF-GDF (de la direction aux techniciens) sur leur rapport, leur pratique, leur acception du théâtre. Ces questions avaient pour but de les faire réagir, et déclencher une cascade d'interrogations sur leur conception du travail, de la consommation, de l'émancipation, sur leur position d'acteur engagé dans leur vie.
Pas d'étude sociologique, pas de théâtre interactif pour mobiliser les troupes autour d'un quelconque objectif compétitif ou pour gérer la communication en temps de crise, mais un acte citoyen, pour participer bel et bien, par le théâtre, au remembrement de l'individu, à l'engagement nécessaire, pour faire naître l'envie de théâtre et comprendre comment ça marche.

Film / Expo

L'ensemble de la collecte réalisée dans les différents établissements EDF/GDF dans l'Hérault a été photographiée, filmée et a donné lieu à une exposition (photographies imprimées sur des bâches plastiques ou papiers à fond blanc) et à un film présenté en avant première au Corum à Montpellier et dans les CMCAS de l'Hérault.
Cette exposition et ce film devraient être présentés en 06 dans le réseau national EDF/GDF et dans certains festival ou la CCAS représente un projet culturel : Avignon, Cannes, Arles.
Nous proposons cette expérience dans d'autres entreprises.

Avec la CMCAS de L’Hérault – EDF/GDF

Ma Chambre d'incertitude

Performance
Création 2004

Cette performance prolonge l’existence de personnages que j’ai créés en juillet 04 dans un essai vidéo intitulé VRAIMENT. Cet essai vidéo s’appuyait sur une courte pièce qui raconte la rencontre d’une jeune fille violée avec son violeur en prison. L’actrice qui doit interpréter ce rôle se perd dans la « vraie vie ».

Du personnage à l’actrice, du metteur en scène à l’acteur, du créateur au spectateur… toujours dans le but de comprendre où se joue le phénomène fictionnel, la curiosité, le lien entre l’objet et le regard.

Déstructurer

La performance tentait de mettre en abîme le film, en questionnant la chaîne de la création : du personnage à l’actrice, du metteur en scène à l’acteur, du créateur au spectateur…

L’enjeu était aussi de déstructurer l’image, d’éviter que le spectateur en ait une appréhension plate et ainsi élaborer une mise en perspective formelle.

Ma chambre d’incertitude est le deuxième épisode d’un projet fleuve que j’aimerais mener ces prochaines années sur mes incertitudes de créateur.

Julien Boufffier

Avec

Vanessa Liautey, Claire Engel, Mustapha Elmanferrah, Nicolas vallet

Production : Compagnie Adesso e Sempre ; La Ferme du Buisson, Scène nationale de Marne la Vallée dans le cadre de temps d’image

Vraiment

Labo vidéo
Création 2004

De Julien Bouffier

« Si tu ne participes pas à la lutte, tu participe à sa défaite »

Le projet Vraiment à débuté durant l'été 2004 et se poursuit au cours de l'été 2005. Envisagé comme un court-métrage, le scénario a très vite pris une ampleur qui projette cette expérience vers un moyen, voire long métrage. Certaines séquences ont déjà été utilisées au sein de la performance "Ma chambre d'incertitude", au festival Temps d'images de la Ferme du Buisson.

Extraits du scénario

Personnages

Marthe, actrice, pas tout à fait la trentaine. Elle ne travaille pas assez comme actrice, elle anime donc des ateliers pour arrondir ces fins de mois. Elle ne connaît pas le monde du cinéma, étant essentiellement engagée au théâtre.

Clara, metteuse en scène, connaît bien Marthe. Ce n’est pas la première fois qu’elles travaillent ensemble. Clara était actrice et petit à petit, lassée d’attendre les propositions, a préféré prendre son destin en main et se lancer dans la mise en scène. Il ne lui reste qu'une semaine de répétition pour ce premier spectacle qu’elle présentera à Avignon. Pour elle, l’enjeu est de taille.

Richard, acteur, ne connaît personne sur ce projet. Il a été pris sur audition.

Tony, commerçant en vacances, célibataire. Il se fout du théâtre. Il a une dent contre les intermittents bien sûr mais adore les stars de cinéma.

Roberto, sans papier. Il vient d’ailleurs et ne comprend pas bien la réalité de ce pays. Il est méfiant, usé d’être gentil.

Pierre, l’assistant de Claire, parisien.

Françoise, la propriétaire de la maison, très fière de loger des artistes.

Cathy et Stéphane, un couple d’amis de Françoise.

Séquence 6

Extérieur nuit : la maison, la terrasse.
Le soir.
Un repas. Un couple d’amis (Cathy et Stéphane), Françoise et Marthe.
Après un silence interminable de tout un repas.

Cathy : Je n’aime pas du tout le nu au théâtre. Je trouve ça ridicule.
Les femmes encore… Mais les hommes, avec leur truc qui pendouillent et qui se balancent dans tous les sens.
Stéphane : Je suis sûr que ça t’érotise, chérie ?
Cathy : Alors pas du tout !
C’est triste ! ça fait vingt ans qu’on est ensemble et tu te figures encore que la vue de votre machin pourrait un tant soit peu m’émouvoir.
Marthe : Ça vous choque peut-être ?
Cathy : Pas vraiment non ! J’ai vu pire ! Vingt ans que je vis avec lui !
Stéphane :Ça vous est déjà arrivé ?
Marthe : Quoi, pardon ?
Stéphane : Devoir être nue sur un plateau ?
Marthe : J’ai toujours refusé.
Françoise : Et bien moi je sais ce que les spectateurs perdent !
Regard complice de Françoise à Marthe.
Stéphane : Je crois qu’on a raté quelque chose, chérie !
Cathy : Tu as raté !
Françoise : Je vais chercher le dessert.
Temps. Françoise s’est levée, commençant à débarrasser les assiettes. Marthe veut l’aider mais Françoise lui dit de se rasseoir. Stéphane va à la cuisine.
Cathy : Vous êtes intermittente ?
Marthe : Oui, je bénéficie de ce statut.
Cathy : Je ne savais pas du tout ce que c’était avant que les journaux en parlent.
Marthe : Ce mouvement a du bon, alors !
Cathy : En fait, vous êtes chômeuse.
Marthe : C’est un peu le problème. Nous sommes des chômeurs professionnels. Et ça, ça fait tiquer le patronat. « Comment ça, l’ouvrier n’a pas besoin de suer sang et eau pour survivre. »
L’intermittence est un système révolutionnaire qui met sur un pied d’égalité employés et patrons.
Regardez, aujourd’hui, les patrons peuvent virer les salariés du jour au lendemain sans que la société ne dise rien, mais, si les salariés leur disent merde, en voulant aller voir ailleurs, on leur fait payer.
Cathy : Je suis pas sûr de bien comprendre votre raisonnement…
Mais vous avez le droit de refuser un travail et vous continuez à percevoir des droits Assedic ?
Marthe : ça vous choque ! Mais ne vous inquiétez pas, j’ai jamais eu la chance de refuser un rôle.