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+ L'Échange

De Paul Claudel
Mise en scène Julien Bouffier
Création 2003 / Re-création 2005

Julien Bouffier plonge le spectateur dans l'illusion, dans un film : studios de cinéma désaffectés, bande son hollywoodienne et grand écran sur fond de panneau publicitaire. Un clin d'œil, un hommage au septième art, un melting pot cristallisant le rêve américain dans lequel Hollywood est la chambre noire idéale pour révéler les personnages de Claudel.

Et cela sans jamais trahir cette géniale capacité de l'auteur à fusionner des matériaux aussi hétérogènes que le symbolisme et le réalisme.
Les personnages de L’Échange rappellent les figures emblématiques de l'Amérique. Incapables d'assumer leur réalité, tous rêvent d'un ailleurs sublimé pour assouvir leurs désirs. Cet ailleurs, c'est en l'occurrence l'Amérique qui, plus qu'un simple décor, devient le centre même de l'histoire, sa raison d'être.

L’Amérique, comme moteur dramatique

Dans le programme de L’Échange monté par G. Pitoëff, en 1939, Paul Claudel annonçait les éléments d'un conflit et d'un échange : deux hommes et deux femmes.
« Il me semble qu'il existe un cinquième personnage, et qui n'est pas des moindres : l'Amérique. »
Elle fait même figure de personnage principal. Plus qu'un décor, elle situe l'action. Elle n'est pas l'enjeu, mais sa présence induit le comportement de chacun. Dans sa lettre à J-Louis Barrault, Paul Claudel ne peut s'empêcher de la mentionner quand il parle des personnages : « Rien à dire des autres personnages, si ce n'est qu'ils participent à cet étrange sentiment d'irréalité que m'a procuré et à d'autres aussi, l'Amérique, l'autre monde. »
Le décalage espace-temps entre la vieille Europe et le nouveau monde est au centre des enjeux de l'Échange.

Cinématographier L’Échange au théâtre

Julien Bouffier plonge le spectateur dans l'illusion, dans un film : studios de cinéma désaffectés, bande son hollywoodienne et grand écran sur fond de panneau publicitaire. Un clin d'œil, un hommage au septième art, un melting pot cristallisant le rêve américain dans lequel Hollywood est la chambre noire idéale pour révéler les personnages de Claudel. Et cela sans jamais trahir cette géniale capacité de l'auteur à fusionner des matériaux aussi hétérogènes que le symbolisme et le réalisme.

Les personnages de l’Échange rappellent les figures emblématiques de l'Amérique. Incapables d'assumer leur réalité, tous rêvent d'un ailleurs sublimé pour assouvir leurs désirs. Cet ailleurs c'est en l'occurrence l'Amérique qui, plus qu'un simple décor, devient le centre même de l'histoire, sa raison d'être.

Thomas Pollock Nageoire, qui est passé maître dans « l'Art du deal », est proche de Citizen Kane. Lechy Elbernon porte en elle le spleen existentiel des futures stars hollywoodiennes. Louis Laine, qui était pour Claudel un double de Rimbaud et par conséquent un double fantasmé de lui-même, fait penser aux poètes américains de la « beat generation », comme Jack Kerrouac, dont la première motivation est la liberté.
Marthe, elle, est à part. Elle est d'une certaine manière notre référent. C'est de ses yeux d'Européenne qu'on assiste aux échanges, aux transformations.

La fiction, comme référent

Pour planter le décor, Claudel choisit de situer sa pièce de manière assez précise dans la géographie et l’histoire des États-Unis. Doit-on, pour suivre le souhait de l'écrivain, trouver la réalité de ce désir en travaillant de manière encyclopédique ou peut-on rester à la surface du réel et fabriquer de la poésie ?
Connaître ou fantasmer ? Depuis longtemps, la frontière entre la fiction et le réel oriente ma recherche. J'essaye à chaque nouvelle mise en scène d'éprouver les limites de cette frontière et de comprendre dans cet axe de travail, ce qui donne à l’objet artistique son caractère universel.
Ici, mon travail a consisté à utiliser plutôt la fiction comme référent, comme principale source de renseignements pour traiter le réel.
Les quatre personnages ont chacun une appréhension particulière de la fiction. Pour Louis Laine, la fiction est une drogue. Marthe est une terrienne. Elle tient la fiction à distance. Thomas Pollock et Lechy Elbernon vivent de la fiction, savent en jouer, la maîtriser : ils se sont inventé, chacun, un monde fictionnel (celui du théâtre et celui de l'argent) et jouent avec Louis et de Marthe.

Le cinéma, comme univers fantasmatique

Dans cette mise en scène, l'image-vidéo donne à voir entre les lignes, derrière les mots et le regard. Prémonition ou réminiscence, elle met en perspectives dans le temps et dans l'espace les enjeux de l'Échange.
L’omniprésence de l’image-vidéo tant dans la durée (le premier acte est constamment nourri par la vidéo), dans la présence (deux grands écrans), que dans le grain du film ou l'utilisation (en direct ou non) oblige le spectateur, consciemment ou inconsciemment, à réfléchir à la place de l’image face au corps. Vers où porte son regard ? Vers le vivant ou son double glacé ? A prendre position par rapport au théâtre, à la quête du réalisme, à la fiction.

Ce spectacle fait partie avec Remember the Misfits du diptyque Nos nuits américaines

Avec

Vanessa Liautey, Marc Baylet, Dominique Jacquet, Yanecko Romba

Scénographie Emmanuelle Debeusscher
Vidéo Laurent Rojol et JB
Création sonore Éric Guennou
Création lumière Christian Pinaud

Production Compagnie Adesso e Sempre / Théâtres de Sète, Scène Nationale - Théâtre des Treize vents, CDN de Montpellier-L-R
Et avec le soutien en 2003 de Saint-Yrieix-la-Perche et du Théâtre de Cavaillon, Scène Nationale