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La séKence du speKtateur

Collectage / Film
Création 2004

Depuis 05, Adesso e Sempre propose au spectateur volontaire de se prêter à une nouvelle expérience : il s’agit d’assister à une représentation, isolé du reste du public, dans une cabine insonorisée équipée d’un micro et d’une caméra. Le spectateur a accepté au préalable de commenter la pièce en direct. Une fois la pudeur disparue, la caméra recueille un arc-en-ciel de signes, d’attitudes, de mots, d’expressions du visage, de respirations, qui permettent d’explorer le lien entre la représentation théâtrale et le spectateur.

Rapport au spectateur

Julien Bouffier questionne le rapport au spectateur dans chacune de ses créations, soit par la place qu'il lui donne dans l'espace (rapport de proximité, d'éloignement, axes du regard), soit par la perte de ses repères en jouant avec la réalité et la fiction, soit par une démultiplication des signes pour assouplir, voire détourner la codification de la représentation théâtrale.
Chacune des créations apporte un faisceau d'indices qui permet d'affiner et d'affirmer un langage artistique révélant par la même occasion de nouvelles zones à défricher.

Oublier le dispositif

Avec La séKence du speKtateur, JB propose au spectateur volontaire de se prêter à une nouvelle expérience : il s'agit d'assister à la représentation, isolé du reste du public, dans une cabine insonorisée équipée d'un micro et d'une caméra. Le spectateur a accepté au préalable de commenter la pièce en direct à la manière d'un commentateur sportif et d'être filmé et enregistré.
La règle du jeu du commentaire sportif est bien sûr une fausse piste pour mettre le spectateur en confiance, lever les barrières de la pudeur et atteindre le moment du lâché prise où l'on oublie le dispositif qui nous entoure, où l'on est plongé dans ce que l'on regarde et écoute. Alors la caméra recueille un arc-en-ciel de signes, d'attitudes, de mots, d'expressions du visage, de respirations, qui permettent d'explorer le lien entre la représentation théâtrale et le spectateur.

Un florilège de réactions illustre tout ce qui peut se passer dans nos têtes si différentes les unes des autres et comment, peu a peu, la plupart des spectateurs se livre au bout d'une certaine résistance : on analyse sa situation de spectateur isolé. On se protège dans ce rôle de commentateur sportif, s'en tenant à la règle de départ jusqu'à la fin de la représentation. On donne sa position sur l'art théâtral en général, sa façon de l'appréhender. On résume ou décrit très précisément ce qui se passe. On se laisse aller à ses émotions. On se laisse aller aux réflexions, analyses, questionnements que l'on aurait pu avoir intérieurement, assis dans la salle. On reste silencieux, tant l'émotion est forte. On s'écoute analyser à haute voix. On analyse ce que l'on vient de dire. On livre son parcours intérieur, comme sous hypnose. On s'identifie. On se demande ce que les autres spectateurs pensent.
Et l'on trépigne sur son siège au moment des saluts, car le 4ème mur est bel et bien là, qui empêche la communion finale avec le reste de la communauté.

Expérimentations

Julien Bouffier a conçu cette expérience comme un chercheur, en partant de 3 hypothèses :

  • obtenir des indices sur la fusion qui s'opère ou non entre le spectateur et la représentation,
  • créer un lien particulier avec chaque spectateur volontaire, dans le cadre d'une expérience personnelle unique,
  • témoigner auprès du reste du public de ce lien d'humanité intangible qui se tisse entre le plateau et la salle, parfois bien malgré soi.

Cette expérience a été initiée au Théâtre des Treize Vents dans le cadre du festival de théâtre contemporain  Oktobre. Chaque spectacle était couvert. Le public pouvait découvrir le lendemain sur écran vidéo dans chaque site du festival, les témoignages enregistrés la veille. Le film de l'ensemble de ces témoignages a été présenté au public en clôture du festival. Nouvelle occasion de tisser un lien inhabituel, une fois la représentation passée, lire sur les visages et écouter les commentaires de ceux qui « y étaient » et « ceux qui auraient bien voulu y être, dans la cabine ».

En 2006, Lors de trois spectacles de la saison du théâtre de l'Onde-Vélizy-Villacoublay, la compagnie a réitéré l'expérience en filmant pour chaque représentation deux spectateurs-commentateurs.

Le 15 juin, le film de cette session a été projeté lors de la présentation de saison du Théâtre de L'Onde-Vélizy-Villacoublay.

Cette expérience ne donne pas la recette d'une rencontre assurée avec le spectateur tant nous sommes différents les uns des autres. Elle crée en revanche un lien insolite qui modifie à un degré aussi infime soit-il la posture de chaque participant : spectateur, créateurs, techniciens, organisateurs...
Et surtout, elle permet de s'approcher plus près de celui que l'on ne cesse de vouloir atteindre.