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+ Le jour où j’ai acheté ton mépris au Virgin Megastore

De Julien Bouffier
Création 2014

Nos créations ont toujours des origines extrêmement métissées, rarement théâtrales. Non pas que le répertoire dramatique ne recèle pas des merveilles mais la provenance non-théâtrale des matériaux permet de toujours réinterroger le théâtre.

Dans le titre se confrontent deux références qui ont été fondatrices dans l’écriture de ce projet : le film de Godard sur le roman de Moravia, Le Mépris comme emblème d’un certain cinéma voulant réinventer ses règles de représentation du monde, et la liquidation du Virgin Megastore qui défraya la chronique en dévoilant des scènes de folie acheteuse de clients revenus au stade primaire de la possession.

Le mépris prend alors un double sens, ou s’attache à deux situations, celle du désamour du couple (la situation intime, individuel) et le sentiment plus large, quasiment sociétal, qui découle des relations humaines modernes et en particulier des relations professionnelles. L’un éclairant l’autre, sujet, moteur, conséquence de l’un vis à vis de l’autre. Le titre joue avec ce double sens, où l’on peut acheter autant un sentiment qu’un objet culturel dans un magasin.

Un ADN référencé et « multiculturel »

Et puisque le texte parle de la fabrication du cinéma, le spectateur pensera au film de Jean-Luc Godard et nous devrons provoquer notre imagination dans un travail de « refiguration » mettant en jeu notre capacité de spectateurs à se défaire du formatage que l’on voudrait nous imposer.
Le répertoire dramatique a été aussi une grande source d’inspiration et de repères. Le nom des personnages est emprunté à l’Échange de Claudel et le rôle de mise en abîme du Misanthrope est primordial. Sans oublier l’apport de Camille Laurens qui ajoute une voix intime à l’œuvre.

Une incarnation contemporaine

Le jour où j’ai acheté le Mépris au Virgin Megastore incarne une société en crise à travers l’histoire d’un couple. Faire référence dans le titre à cette entreprise de divertissement culturel qu’est le Virgin Megastore introduit clairement le climat social dans lequel l’histoire d’amour de Marthe et de Louis se développe.
L’étouffement du couple ne se cherche pas de raisons psychologiques. Il est le fruit d’un contexte. Leur scène primitive se passe le jour de la liquidation de cette enseigne marchande, temple de la consommation culturelle. L’événement de leur rencontre est alors masqué par la situation ; il est marqué au fer rouge de cette compulsion obscène de posséder. Ce n’est pas le début d’une passion banale mais celui d’une histoire d’amour naissante un jour de folie humaine contemporaine. Le jour où j’ai acheté le Mépris au Virgin Megastore met l’accent sur le poids du travail dans la vie de chacun et comment ce dernier est le moteur de notre construction et de notre relation aux autres.

Le miroir Misanthrope

Réintroduire du théâtre où on ne l’attend plus. Adapter pour la scène un film qui met en scène une pièce de théâtre.
Le Misanthrope est une pièce ambiguë qui permet des interprétations de traitement radicalement différentes véhiculant, chacune, des esthétiques variées. Au cours de l’histoire, beaucoup ont écrit de manière contradictoire sur Le Misanthrope, entre Rousseau qui considère Molière « inexcusable car il se moque des hommes vertueux », et Hugo pour qui Alceste est le premier et le plus radical des républicains. Dans Le jour où j’ai acheté le Mépris au Virgin Megastore, Thomas, l’industriel, producteur de cinéma, veut faire du Misanthrope un divertissement, Louis rêve d’une figure plus héroïque. Son Alceste, blessé par les injustices, veut conserver une vision noble du monde. Il préférera devenir un terroriste, redresseur de tord, plutôt que d’abandonner le monde à son sort. Louis restera le négatif d’Alceste n’osant jamais s’opposer au contexte dans lequel il évolue. Alceste, à la différence de Louis, comprend que sa relation amoureuse avec Célimène est révélatrice du dysfonctionnement de la société.

D’après nos souvenirs de spectateurs des films de Godard et d’Antonioni et du Misanthrope de Molière
Les chansons sont tirées des textes de Camille Laurens Cet absent-là, récit, Léo Scheer, 2004, et Ni toi ni moi, roman, P.O.L, 2006

Mise en scène Julien Bouffier
Avec Marc Baylet Delperier, Vanessa Liautey, Julien Guill, Alice David
Scénographie Emmanuelle Debeusscher, Julien Bouffier
Vidéo Laurent Rojol, Julien Bouffier
Musique Dimoné, Eric Guennou, Franck Rabeyrolles, Jean-Christophe Sirven
Lumières Christophe Mazet

Production Adesso e sempre
Coproduction Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine ; Théâtre de l’Onde, Vélizy-Villacoublay