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Vraiment

Labo vidéo
Création 2004

De Julien Bouffier

« Si tu ne participes pas à la lutte, tu participe à sa défaite »

Le projet Vraiment à débuté durant l'été 2004 et se poursuit au cours de l'été 2005. Envisagé comme un court-métrage, le scénario a très vite pris une ampleur qui projette cette expérience vers un moyen, voire long métrage. Certaines séquences ont déjà été utilisées au sein de la performance "Ma chambre d'incertitude", au festival Temps d'images de la Ferme du Buisson.

Extraits du scénario

Personnages

Marthe, actrice, pas tout à fait la trentaine. Elle ne travaille pas assez comme actrice, elle anime donc des ateliers pour arrondir ces fins de mois. Elle ne connaît pas le monde du cinéma, étant essentiellement engagée au théâtre.

Clara, metteuse en scène, connaît bien Marthe. Ce n’est pas la première fois qu’elles travaillent ensemble. Clara était actrice et petit à petit, lassée d’attendre les propositions, a préféré prendre son destin en main et se lancer dans la mise en scène. Il ne lui reste qu'une semaine de répétition pour ce premier spectacle qu’elle présentera à Avignon. Pour elle, l’enjeu est de taille.

Richard, acteur, ne connaît personne sur ce projet. Il a été pris sur audition.

Tony, commerçant en vacances, célibataire. Il se fout du théâtre. Il a une dent contre les intermittents bien sûr mais adore les stars de cinéma.

Roberto, sans papier. Il vient d’ailleurs et ne comprend pas bien la réalité de ce pays. Il est méfiant, usé d’être gentil.

Pierre, l’assistant de Claire, parisien.

Françoise, la propriétaire de la maison, très fière de loger des artistes.

Cathy et Stéphane, un couple d’amis de Françoise.

Séquence 6

Extérieur nuit : la maison, la terrasse.
Le soir.
Un repas. Un couple d’amis (Cathy et Stéphane), Françoise et Marthe.
Après un silence interminable de tout un repas.

Cathy : Je n’aime pas du tout le nu au théâtre. Je trouve ça ridicule.
Les femmes encore… Mais les hommes, avec leur truc qui pendouillent et qui se balancent dans tous les sens.
Stéphane : Je suis sûr que ça t’érotise, chérie ?
Cathy : Alors pas du tout !
C’est triste ! ça fait vingt ans qu’on est ensemble et tu te figures encore que la vue de votre machin pourrait un tant soit peu m’émouvoir.
Marthe : Ça vous choque peut-être ?
Cathy : Pas vraiment non ! J’ai vu pire ! Vingt ans que je vis avec lui !
Stéphane :Ça vous est déjà arrivé ?
Marthe : Quoi, pardon ?
Stéphane : Devoir être nue sur un plateau ?
Marthe : J’ai toujours refusé.
Françoise : Et bien moi je sais ce que les spectateurs perdent !
Regard complice de Françoise à Marthe.
Stéphane : Je crois qu’on a raté quelque chose, chérie !
Cathy : Tu as raté !
Françoise : Je vais chercher le dessert.
Temps. Françoise s’est levée, commençant à débarrasser les assiettes. Marthe veut l’aider mais Françoise lui dit de se rasseoir. Stéphane va à la cuisine.
Cathy : Vous êtes intermittente ?
Marthe : Oui, je bénéficie de ce statut.
Cathy : Je ne savais pas du tout ce que c’était avant que les journaux en parlent.
Marthe : Ce mouvement a du bon, alors !
Cathy : En fait, vous êtes chômeuse.
Marthe : C’est un peu le problème. Nous sommes des chômeurs professionnels. Et ça, ça fait tiquer le patronat. « Comment ça, l’ouvrier n’a pas besoin de suer sang et eau pour survivre. »
L’intermittence est un système révolutionnaire qui met sur un pied d’égalité employés et patrons.
Regardez, aujourd’hui, les patrons peuvent virer les salariés du jour au lendemain sans que la société ne dise rien, mais, si les salariés leur disent merde, en voulant aller voir ailleurs, on leur fait payer.
Cathy : Je suis pas sûr de bien comprendre votre raisonnement…
Mais vous avez le droit de refuser un travail et vous continuez à percevoir des droits Assedic ?
Marthe : ça vous choque ! Mais ne vous inquiétez pas, j’ai jamais eu la chance de refuser un rôle.